Méditations 2

Évangile du 18 décembre 2019

 

Or telle fut la genèse de Jésus Christ. Marie, sa mère, était fiancée à Joseph : or, avant qu'ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait de l'Esprit Saint. Joseph, son mari, qui était un homme juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la répudier sans bruit.

Alors qu'il avait formé ce dessein, voici que l'Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus : car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

Or tout ceci advint pour que s'accomplît cet oracle prophétique du Seigneur : Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l'appellera du nom d'Emmanuel, ce qui se traduit : « Dieu avec nous ». Une fois réveillé, Joseph fit comme l'Ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui sa femme.
(BJ. Matthieu, 1, 18-24)

 

Méditation

 

Marie l’a échappé belle ! Nous savons ce qui lui serait arrivé si Joseph avait suivi la Loi à la lettre et l’avait dénoncée ! De là à avancer l’hypothèse que Jésus est né parce que la Loi a été transgressée !... Jésus serait-il donc un hors-la-loi ? Absolument ! Il est hors-la-loi de tout ce qui distord, annule, écrase, fausse les lois de l’équité, de la justice, de la vérité, tout ce qui perverti et travestis la loi de l’Amour. Il est hors-la-loi de tout ce qui opprime l’homme, qui le soumet, l’offense, l’affame, le déshumanise, le débilite, l’entrave, l’extermine. Il est hors-la-loi de toutes ces lois destructrices, asservissantes, perverses, diaboliques, que les hommes ont inventées, élaborées, pour inverser le principe de création divine, pour que règne sur le monde la toute-puissance épouvantail de la haine, du mensonge, de la mort…

Ô Loi d’Amour, libre de toutes lois inhumaines, (qui se déguisent parfois sournoisement en lois justes) Loi d’Amour, affranchie de toute contrefaçon, Loi de bon aloi, sois notre Souffle de Vie, que le Verbe Divin vienne nous féconder en cette fête de la Nativité, nous régénérer, nous libérer, nous relier davantage encore au Père, donne-nous soif de Lui appartenir et de rayonner son Amour vers tous les hommes.

Bienheureux père Saint-Joseph, sois béni d’avoir gardé le silence pour que la parole puisse naitre, la Parole du Dieu Tout Amour. Avec toi, grâce à toi, le silence aussi devient Silence Tout Amour !

 

Jean-Marie martin, oratorien, vicaire à Saint-Eustache.

Évangile du Lundi 9 septembre 2019

Or il advint, un autre sabbat, que Jésus entra dans la synagogue, et il enseignait. Il y avait là un homme dont la main droite était sèche. Les scribes et les Pharisiens l'épiaient pour voir s'il allait guérir, le sabbat, afin de trouver à l'accuser. Mais lui connaissait leurs pensées. Il dit donc à l'homme qui avait la main sèche : « Lève-toi et tiens-toi debout au milieu. » Il se leva et se tint debout. Puis Jésus leur dit : « Je vous le demande : est-il permis, le sabbat, de faire le bien plutôt que de faire le mal, de sauver une vie plutôt que de la perdre ? » Promenant alors son regard sur eux tous, il lui dit : « Étends ta main. » L'autre le fit, et sa main fut remise en état. Mais eux furent remplis de rage, et ils se concertaient sur ce qu'ils pourraient bien faire à Jésus. (Luc 6, 6-11)

Méditation

Que de sécheresse dans cet évangile ! Le plus desséché n’est pas celui sur lequel on attire l’attention. Si je sors mon scanner de poche pour le promener sur cette assemblée, je suis consterné par ce que je découvre. Il est impossible que Jésus ne voie pas ce que je vois. Alors, sans doute que cette opération à « Shabbat ouvert », et sans anesthésie, se veut salutaire aussi pour l’assemblée qui épie Jésus et attend de le piéger. L’homme à la main sèche est loin d’être le seul en ce cas, il est peut-être même le moins desséché de tous. Actionnons mon scanner. Les voyez-vous toutes ces mains desséchées qui ne s’ouvrent pas vers les autres, pour les saluer, les accueillir, les apaiser, les rassurer, pour partager, mais jamais en retard pour les montrer du doigt, les rejeter, les vouer aux gémonies ? Les voyez-vous ces mains desséchées qui emprisonnent leur propre cœur, qui les serre à les étouffer, pour les empêcher de s’ouvrir, et pour geler immédiatement tout geste fraternel ou amical qui les engagerait trop ? Les voyez-vous ces êtres desséchés à cause de prises intensives, et même surdoses, de morale mal digérée et surtout indigeste ? Ces pauvres humains sont tous mes frères, des frères aux pensées desséchées et désenchantes, adorateurs de la Loi idolâtrée.  

 

- Dis-moi, toi qui écris ces lignes, insolent petit jocrisse, pourrais-tu retourner contre toi ton scanner accusateur ?

- Pas de problème, c’est facile, j’ai même la fonction selfie !

- Alors, que vois-tu ?

- Oh ! c’est trop bête ! mon appareil vient de tomber en panne, là, tout de suite !

- Ça t’arrange bien, n’est-ce pas ! 

- La barbe que tous ces ustensiles à l’obsolescence programmée !

 

Jean-Marie Martin, oratorien, vicaire à Saint-Eustache.

Évangile du samedi 27 Juillet 2019

Jésus proposa aux foules une autre parabole : « Il en va du Royaume des Cieux comme d'un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi est venu, il a semé à son tour de l'ivraie, au beau milieu du blé, et il s'en est allé. Quand le blé est monté en herbe, puis en épis, alors l'ivraie est apparue aussi. S'approchant, les serviteurs du propriétaire lui dirent : « Maître, n'est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D'où vient donc qu'il s'y trouve de l'ivraie ? » Il leur dit : « C'est quelque ennemi qui a fait cela. » Les serviteurs lui disent : « Veux-tu donc que nous allions la ramasser ? » – « Non, dit-il, vous risqueriez, en ramassant l'ivraie, d'arracher en même temps le blé. Laissez l'un et l'autre croître ensemble jusqu'à la moisson ; et au moment de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d'abord l'ivraie et liez-la en bottes que l'on fera brûler ; quant au blé, recueillez-le dans mon grenier. » (Mt 13, 24-30)

Méditation

Quand nous lisons cette parabole, l’espérance renaît en nos cœurs ! Ne trouvez-vous pas ? Car qui d’entre nous n’a pas son lot d’ivraie, plus ou moins conséquent, qui l’effraie, qui l’encombre en ses pensées, ses réactions, ses projets, ses relations aux autres, mais aussi sa perception de lui-même, avec son lot de culpabilités, de découragements, d’illusions. Et il pourrait nous arriver de penser que le Seigneur ne voit en nous que l’ivraie qui pousse. Mais les regards de Dieu ne sont pas les nôtres ! Il n’est intéressé que par le bon grain. Qu’aurait-il à faire de l’ivraie ?

Souvenons-nous de ce passage d’Isaïe (chapitre 42, 3) qui désigne le Serviteur souffrant : Il n’écrasera pas le roseau froissé ; il n’éteindra pas la mèche qui faiblit. Notre évangile du jour n’est-il pas de cet ordre ?

Cette prudence et cette patience par rapport à ce qui n’est pas conforme me rappelle un film assez ancien, dont j’ai oublié le titre, traité en style de parabole, dans lequel le héros avait une fâcheuse anomalie humiliante qui le tourmentait. Il essaya de nombreux moyens pour s’en défaire et se fit même opérer pour s’en débarrasser, mais voilà que sans cette imperfection, l’homme en question ne se reconnaissait plus, il n’était plus lui-même, tout se déglingua de ce qu’il était, il se sentait autre, alors il se mit à dépérir. Mon film n’est pas un parallèle de la parabole de l’ivraie, mais il peut nous aider à comprendre qu’il vaut mieux ne pas tout arracher en soi de ce qu’on a remarqué comme n’étant pas conforme.

Jean-Marie Martin, oratorien, Saint-Eustache

Première lecture du jeudi 11 avril 2019

 

Abram tomba la face contre terre. Dieu lui parla ainsi : « Moi, voici mon alliance avec toi : tu deviendras père d'une multitude de nations. Et l'on ne t'appellera plus Abram, mais ton nom sera AbraHam, car je te fais père d'une multitude de nations. Je te rendrai extrêmement fécond, de toi je ferai des nations, et des rois sortiront de toi. J'établirai mon alliance entre moi et toi, et ta race après toi, de génération en génération, une alliance perpétuelle, pour être ton Dieu et celui de ta race après toi. À toi et à ta race après toi, je donnerai le pays où tu séjournes, tout le pays de Canaan, en possession à perpétuité, et je serai votre Dieu. » Dieu dit à Abraham : « Et toi, tu observeras mon alliance, toi et ta race après toi, de génération en génération. » Genèse 17, 3-9

 

Méditation

 

Au chapitre 2 de ce même livre, au verset 7, le rédacteur nous relate – au moyen du schème de pensée de son époque, bien entendu –, la façon dont Dieu s’y est pris pour créer l’homme : Alors Yahvé Dieu modela l'homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l'homme devint un être vivant. L’essentiel est dit, nous venons de rien, même pas d’une terre cultivable, mais d’une terre argileuse sur laquelle rien de bon ne peut pousser. Sauf si Dieu relève ses manches, car cette glaise, on peut la modeler pour en faire des objets d’art ! Elle est le matériau que Dieu va utiliser pour modeler son chef d'œuvre : l’Homme. Et par son haleine de vie – qui permet aussi la formulation de la Parole créatrice –, il achève sa création. Or, la création de l’Homme, déjà sublime, n’est pas suffisante, ni satisfaisante aux yeux de Dieu.

 

Cette partie de la Bible concerne tout homme au début de l'humanité, tandis que celle que nous lisons aujourd’hui nous introduit dans le cycle d’un peuple choisi par Dieu pour lui conférer une mission particulière, et le primat de cette dynamique sera Abraham. C’est par lui que Dieu va continuer son œuvre initiée au Commencement, il veut réaliser une Alliance avec l’homme, et, pour cela, pratiquer comme une greffe où l’homme serait enté définitivement sur Lui.

 

Abram tomba la face contre terre – le front dans la glaise, c’est de là qu’il vient –, et il va vivre une re-création grâce à l’Alliance avec Dieu, qui sublime ainsi sa créature. Pour pratiquer l’entaille qui servira à greffer, on donne un petit coup de hache avec justesse au bon endroit du tronc. Je me permets un jeu de mot douteux : le coup de H que Dieu donne au nom d’Abram deviendra AbraHam. L’homme Accompli est un Alliage sublime de Dieu et de lui-même, grâce à l’Alliance opérée avec Dieu.  

 

Jean-Marie Martin, prêtre de l’Oratoire à Paris Saint-Eustache

Évangile du vendredi 7 juin 2019

 

Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. » Jésus lui dit : « Pais mes agneaux. » Il lui dit à nouveau, une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » - « Oui, Seigneur, lui dit-il, tu sais que je t'aime. » Jésus lui dit : « Pais mes brebis. » Il lui dit pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Pierre fut peiné de ce qu'il lui eût dit pour la troisième fois : « M'aimes-tu ? », et il lui dit : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime. » Jésus lui dit : « Pais mes brebis. En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture, et tu allais où tu voulais ; quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas. » Il signifiait, en parlant ainsi, le genre de mort par lequel Pierre devait glorifier Dieu. Ayant dit cela, il lui dit : « Suis-moi. » Jean 21, 15-19

Méditation

 

Nous avons souvent entendu commenter ce texte, et à raison, comme étant un reflet en positif des trois reniements survenus la nuit de la Passion. Pour en élargir l’interprétation, il me plaît à penser que ces questions pourraient nous être posées par le Seigneur dans certaines circonstances, et le cas échéant, nous pouvons nous entendre dire : “Autant tu m’auras renié, autant j'aimerais t’entendre me dire à quel point tu m’aimes ; et surtout, je voudrais par-là t’aider à prendre conscience que tu es encore capable de m’aimer malgré ton reniement et tes remords qui te minent ; en revanche, cela suppose que tu saches te pardonner à toi-même, et t’aimer comme il se doit.”  

 

Même si le parcours de notre vie a été fait de chemins de traverse, de sentiers pierreux, de sentes boueuses, de raidillons accidentés, de ravines abruptes, de gouffres menaçants, c’est toujours par la voie royale de l’Amour que nous trouvons Dieu. Un jour ou l’autre, il nous rejoint dans nos ornières, voire notre fange, ou nos cloaques, − il ne craint pas de s’y embourber car son Amour pour nous est un antidote à tous nos déboires − pour nous en tirer et nous placer sur Son Chemin aplani et sûr, arasé et nivelé par le souci incommensurable qu’il éprouve pour chacun de nous.

 

Seigneur, même si nous revenons vers toi en tendant le dos, en rasant les murs de honte, en tremblant d'inquiétude, quoiqu'il nous soit arrivé, quoique nous ayons fait, nous sommes sûrs d’être reçus avec amour. Nous demanderas-tu des comptes ? Nous présenteras-tu une ardoise ? Ta seule question sera : “M’aimes-tu ?” Le commandement suprême n’est-il pas fondé sur l’amour ? Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toute ta force, et ton prochain comme toi-même. Comment être surpris alors que cette question de l’amour que nous lui portons nous soit posée par Dieu ? Mais peut-être qu’il pourrait bien − sait-on jamais − prolonger sa question ainsi : “Alors si tu dis m’aimer, comment se fait-il que tu n’aimes pas assez ton prochain, ni toi-même ?” (cf. 1 Jn 4,20)

 

Jean-Marie Martin, prêtre de l’Oratoire à Paris

Évangile du jeudi 7 février 2019

 

Il appelle à lui les Douze et il se mit à les envoyer en mission deux à deux, en leur donnant pouvoir sur les esprits impurs. Et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route qu'un bâton seulement, ni pain, ni besace, ni menue monnaie pour la ceinture, mais : « Allez chaussés de sandales et ne mettez pas deux tuniques. » Et il leur disait : « Où que vous entriez dans une maison, demeurez-y jusqu'à ce que vous partiez de là. Et si un endroit ne vous accueille pas et qu'on ne vous écoute pas, sortez de là et secouez la poussière qui est sous vos pieds, en témoignage contre eux. » Étant partis, ils prêchèrent qu'on se repentit ; et ils chassaient beaucoup de démons et faisaient des onctions d'huile à de nombreux infirmes et les guérissaient. (Marc 6, 7-13)

 

Méditation

 

Il n’est pas bon de partir en mission surchargé comme pour faire l’ascension de l’Annapurna, et bien que nous soyons invités à une marche qui peut être rude, et même ascensionnelle, n’oublions pas ce verset du prophète Isaïe 52, 7 : Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : « Il règne, ton Dieu ! ». Il faut donc prendre les moyens d’être léger, mobile, réactif, même sur les sommets montagneux de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Je veux préciser par là : annoncer le Christ sans prendre un char d’assaut ou un rouleau-compresseur, ni un marteau-pilon, sans être chaussés de gros godillots pour piétiner les plates-bandes des convictions acquises par ceux que nous allons rencontrer, – ils ont aussi beaucoup à nous apprendre, nous en serons surpris –, pas de besaces bourrées d’arguments bien fourbis pour convaincre ou suggestionner, voire manipuler, mais au contraire, des sandales légères qui donnent souplesse et légèreté, et que l’on peut retirer facilement pour partir sur la pointe des pieds si jamais nous sommes refoulés ; s’éloigner ainsi par respect des convictions opposées, et de surcroît, secouer la poussière de nos pieds, montrant ainsi à nos opposants que l’on veut préserver leur Liberté, et que c’est une primeur dans le message du Christ. Le Seigneur saura bien rejoindre les uns ou les autres par des voies plus adaptées à ce qu’ils sont, à leurs convictions, à leur cheminement. Après tout, il envoie ses disciples au devant de lui, c’est donc une annonce de son passage.

 

Jean-Marie Martin, oratorien, vicaire Saint-Eustache

Évangile du samedi 21 Juillet 2018

Étant sortis, les Pharisiens tinrent conseil contre lui, en vue de le perdre. L'ayant su, Jésus se retira de là. Beaucoup le suivirent et il les guérit tous et il leur enjoignit de ne pas le faire connaître, pour que s'accomplit l'oracle d'Isaïe le prophète : Voici mon Serviteur que j'ai choisi, mon Bien-aimé qui a toute ma faveur. Je placerai sur lui mon Esprit et il annoncera le Droit aux nations. Il ne fera point de querelles ni de cris et nul n'entendra sa voix sur les grands chemins. Le roseau froissé, il ne le brisera pas, et la mèche fumante, il ne l'éteindra pas, jusqu'à ce qu'il ait mené le Droit au triomphe : en son nom les nations mettront leur espérance. (Matthieu 12, 14-21)
 

Méditation :
 

L’évangile n’est pas fait pour être disséqué, sinon, chacun pourrait prendre ce qui l’intéresse et négliger le reste, à savoir, ce qui le dérange, le contrarie, ou l’ennuie. Cependant, les versets qui m’intéressent plus particulièrement aujourd’hui, sans mettre à part les autres, sont ceux qui évoquent un Christ patient, confiant, aimant, compatissant, (on en a tellement besoin). Voici ce qui m’a retenu : Le roseau froissé, il ne le brisera pas, et la mèche fumante, il ne l'éteindra pas. Jésus ne se détourne d'aucune personne brisée, cassée, à bout de souffle, ou pervertie. Au contraire, rien ne peut Le faire s’en détourner, s’en désintéresser. Il est venu pour elle, Il s’est fait homme pour elle. Son face à face avec elle est unique car Il la sait unique ! Le roseau froissé, Il se penche vers lui pour le redresser, lui rendre mouvement et destinée, Il lui murmure son amour et lui prodigue ses encouragements, lui insuffle l’Espérance ; la mèche fumante, Il l’attise patiemment pour qu’elle reparte, flamboie et communique Sa Lumière. Il est épris de chaque créature car, à Ses yeux, chaque créature a du prix.
 

Jean-Marie Martin, prêtre de l’Oratoire à Paris

Évangile du 1er Juin 2018

Jésus entra à Jérusalem dans le Temple et, après avoir tout regardé autour de lui, comme il était déjà tard, il sortit pour aller à Béthanie avec les Douze. Le lendemain, comme ils étaient sortis de Béthanie, il eut faim. Voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s'il y trouverait quelque fruit, mais s'en étant approché, il ne trouva rien que des feuilles : car ce n'était pas la saison des figues. S'adressant au figuier, il lui dit : « Que jamais plus personne ne mange de tes fruits ! » Et ses disciples l'entendaient. Ils arrivent à Jérusalem. [Épisode du temple purifié de ses vendeurs]

Le soir venu, Jésus s'en allait hors de la ville. Passant au matin, ils virent le figuier desséché jusqu'aux racines. Et Pierre, se ressouvenant, lui dit : « Rabbi, regarde : le figuier que tu as maudit est desséché. » En réponse, Jésus leur dit : «Ayez foi en Dieu. En vérité je vous le dis, si quelqu'un dit à cette montagne :  Soulève-toi et jette-toi dans la mer, et s'il n'hésite pas dans son cœur, mais croit que ce qu'il dit va arriver, cela lui sera accordé. C'est pourquoi je vous dis : tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l'avez déjà reçu, et cela vous sera accordé. Et quand vous êtes debout en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, remettez-lui, afin que votre Père qui est aux cieux vous remette aussi vos offenses.  (Mc 11, 11-25)

Méditation :

Cette séquence relate une attitude de Jésus pour le moins inhabituelle et qui peut nous surprendre. Comment le Christ peut-il maudire ? Si je m’en tiens aux faits, je le vois bien humain, il a faim, jusque là ça va, mais voilà que ses dires et ses actions vont dépasser l’idée que l’on peut se faire du Fils de Dieu : il est agacé, car il ne trouve pas de quoi se sustenter alors qu’il pensait pouvoir le faire ; il est péremptoire, et injuste, car il s’en prend à un figuier qui ne peut pas porter de fruits hors-saison - comment peut-il l’ignorer ? ; il est répressif, car il condamne cet arbre à la stérilité ; et ce Christ si attentif à nourrir les foules qui viennent l’écouter, souhaite que personne ne puisse trouver de quoi se nourrir sur ce figuier. Et la malédiction va porter des fruits - quant à elle - car l’arbre sera détruit jusqu'aux racines. [Le vent commence à souffler dans les branches du figuier et la tempête va éclater sur les vendeurs du temple, violence inattendue et encore plus surprenante.]
 

Dans cet acharnement sur le figuier, j’y vois une allégorie : Jésus a faim de nous, de notre salut, de celui du monde, il s’enquiert de notre capacité à porter des fruits, et il n’y a pas de saison propice pour cela, c’est toujours le moment favorable de la fruition pour un disciple. Craignons la déception qu’il éprouverait s’il ne trouvait rien en nous qui puisse contenter son attente, sa faim, et qui, par là même, ne pourrait nourrir notre prochain qui mérite de l’être. À quoi bon laisser se perdre la sève qui découle de sa Croix, de sa Résurrection, de Son Esprit. Alors demandons en priant - et cela nous sera accordé à l’aune de notre foi - que nous soyons des disciples prolifiques, nous rappelant cette parole en Saint-Jean 15, 8 : Ce qui fait la Gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruits.
 

Jean-Marie Martin, oratorien à Paris Saint-Eustache

Évangile du samedi 27 octobre 2018

En ce même temps survinrent des gens qui lui rapportèrent ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs victimes. Prenant la parole, il leur dit : « Pensez-vous que, pour avoir subi pareil sort, ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens ? Non, je vous le dis, mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous pareillement. Ou ces dix-huit personnes que la tour de Siloé a tuées dans sa chute, pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les hommes qui habitent Jérusalem ?... Non, je vous le dis ; mais si vous ne voulez pas vous repentir, vous périrez tous de même. »
 

Il disait encore la parabole que voici : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher des fruits et n'en trouva pas. Il dit alors au vigneron : « Voilà trois ans que je viens chercher des fruits sur ce figuier, et je n'en trouve pas. Coupe-le ; pourquoi donc use-t-il la terre pour rien ? » L'autre lui répondit : « Maître, laisse-le cette année encore, le temps que je creuse tout autour et que je mette du fumier. Peut-être donnera-t-il des fruits à l'avenir... Sinon tu le couperas. » (Luc 13, 1-9)
 

Méditation
 

Ne serions-nous pas atterrés, scandalisés, si quelqu'un proclamait aujourd'hui : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez comme ceux qui sont morts par les eaux dans l'Aude, en Floride, par le tsunami en Indonésie, ou dans divers attentats et massacres, comme dernièrement en Crimée... » On peut souhaiter qu’un tel discours de répression ne passerait pas aujourd’hui, et pourtant, la croyance en un dieu répressif jouit d’une vie dure. Souhaitons que les sinistrés du Sud-ouest n’aient pas la tentation de croire qu’ils sont les cibles d’une sanction divine. « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? » Il vaut mieux être fermement incroyant que de proférer un tel poncif ! Malheureusement, la foi en un Dieu qui punit est bien ancrée dans certains esprits, et celle-ci semble plus facile, plus spontanée à se manifester, que la foi en un Dieu d’Amour qui ne veut que le bien de l’homme. Lorsque tout va bien dans nos vies, c'est grâce à nous ; quand tout va mal, ne serait-ce pas que Dieu en est l’artisan ?


Dans cet évangile, on pourrait penser que Jésus menace les pécheurs d’un châtiment terrible s’ils ne se convertissent pas. Or, c’est bien une marque d’amour de Jésus que prévenir ses contemporains de se convertir pour ne pas être saisis par un drame - totalement étranger à la volonté de Dieu -, qui risquerait de les couper de Celui-ci. Jésus ne les menace pas d’être châtiés, mais il les mets en garde contre un drame sans pareil : mourir séparés du Père en refusant son Amour. Mais, ô Espérance, Jésus entraînera tous les hommes avec lui dans son Mystère Pascal !
 

Dans la seconde partie de notre évangile, contemplons le visage de ce Père, en la personne du vigneron, qui nous présente un Dieu patient, un Dieu qui prend les moyens nécessaire pour faire progresser sa créature, car rien n’est jamais perdu : un homme créé à l’image de Dieu ne peut pas sombrer dans le néant, c’est impossible ! Dieu est un Père qui fonde toute espérance en les capacités humaines à rebondir, croître, avancer, germer, et porter du fruit en abondance.
 

Jean-Marie Martin, prêtre de l’Oratoire à Paris Saint-Eustache

Première lecture du 19 février 2018

Yahvé parla à Moïse et dit : Parle à toute la communauté des Israélites. Tu leur diras : Soyez saints, car moi, Yahvé votre Dieu, je suis saint. Nul d'entre vous ne commettra vol, dissimulation ou fraude envers son compatriote. Vous ne commettrez point de fraude en jurant par mon nom ; tu profanerais le nom de ton Dieu. Je suis Yahvé. Tu n'exploiteras pas ton prochain et ne le spolieras pas : le salaire de l'ouvrier ne demeurera pas avec toi jusqu'au lendemain matin. Tu ne maudiras pas un muet et tu ne mettras pas d'obstacle devant un aveugle, mais tu craindras ton Dieu. Je suis Yahvé.
 

Vous ne commettrez point d'injustice en jugeant. Tu ne feras pas acception de personnes avec le pauvre ni ne te laisseras éblouir par le grand : c'est selon la justice que tu jugeras ton compatriote. Tu n'iras pas diffamer les tiens et tu ne mettras pas en cause le sang de ton prochain. Je suis Yahvé. Tu n'auras pas dans ton cœur de haine pour ton frère. Tu dois réprimander ton compatriote et ainsi tu n'auras pas la charge d'un péché. Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas de rancune envers les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis Yahvé.
(Lévitique 19, 1-2.11-18)
 

Méditation
 

Ô combien de belles, bonnes et justes choses sont dites dans ce passage du Lévitique ! Ce livre en entier n’a pas ma faveur, mais je suis passionné, enthousiasmé par ce qui est demandé, commandé, dans ce chapitre 19. Toutes ces prescriptions culminent vers celle-ci : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » injonction que j’aime à percevoir et recevoir comme une apothéose de ce chapitre. Apo-THẺO-se. Plus tard, ce verset sera mis en exergue par le Christ, jetant sa Lumière sur ces mots qu’il nimbe de son Autorité, de sa Justice et de sa Vérité. Le verbe est le maître des mots, le roi de la Cour orthographe. Dans une phrase, le verbe articule et donne sens à celle-ci ; ainsi du Verbe de Dieu qui donne existence, révèle le sens, souligne l’urgence de la mise en œuvre, et souligne la suprématie des Écritures. Jésus, le Verbe de Dieu et Christ Sauveur, a repris ce commandement exigeant concernant notre prochain (et nous-mêmes), pour l’accoler définitivement au Premier Commandement. Lui seul pouvait oser faire ce rapprochement, mais quant à nous, nous ne pouvons pas le faire sans Lui, certes non, et nous ne pouvons pas le mettre en pratique sans lui.

En relisant ce chapitre 19, nous pouvons voir que le texte est parsemé de loin en loin d’une affirmation répétitive : « Je suis Yahvé ! » Il apparaît que l’amour du prochain est lié ainsi à celui de Dieu, par ce refrain qui revient de loin en loin : « Je suis Yahvé ». Jésus va pointer du doigt cette lumineuse répétition – comme s’il utilisait pour cela le Yad qui sert à suivre la lecture sur les rouleaux de la Torah – et nous ayant désigné ces affirmations répétées, de loin en loin, il veut réaliser pleinement l’Alliance entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain, en joignant à jamais ces deux commandements, comme si déjà il nous introduisait en la Divinité. Invitation à la sainteté, invitation à la Trinité : « Soyez saints comme Dieu est Saint ! »

Jean-Marie Martin, prêtre de l'Oratoire à Paris

Appel d'André

30 novembre 2017 

Comme il cheminait sur le bord de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et André son frère, qui jetaient l'épervier dans la mer ; car c'étaient des pêcheurs. Et il leur dit: « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. » Eux, aussitôt, laissant les filets, le suivirent. Et avançant plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, dans leur barque, avec Zébédée leur père, en train d'arranger leurs filets ; et il les appela. Eux, aussitôt, laissant la barque et leur père, le suivirent. (Matthieu 4, 18-22)
 

Méditation :

 

Les quatre premiers disciples, qui se trouvaient être frères, André et Pierre, Jacques et Jean, se regardèrent soudain, stupéfaits, alors que Jésus disait : « Si quelqu'un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu'à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » Que venait-il de dire ? Haïr ses frères ?... Le regard des frères ci-présent en disait long, ils se toisaient les uns les autres, et, visiblement, s’interrogeaient sur leur qualité d’amour fraternel. Jésus était-il vraiment leur préféré ? Par cette parole, le Maître leur demandait d’aller plus loin encore dans l’appel qu’ils avaient reçu !

Jusqu’où allait-t-il les emmener ? Jésus avait appelé un jour ces quatre disciples à le suivre, deux fois deux frères, chacun des deux étant issu du sein de la même mère, et tiré du rivage de la même Mer. Ils étaient unis, deux par deux par l’amour fraternel, et sans doute que les quatre se connaissaient, travaillant sur le même rivage, et habitant peut-être le même village. Quatre pêcheurs assidus à chercher de quoi nourrir leur famille, unique souci, et aucun d’eux n’imaginait avoir un autre débouché dans la vie que ce métier de pêcheur, n’ayant d’autre horizon que celui de la Mer de Galilée, et ses couchers de soleil, et, ainsi que le dit le livre de la Sagesse, le vent, la brise légère, la ronde des étoiles, la violence des flots, les luminaires du ciel gouvernant le cours du monde. Mais voilà que Jésus va bouleverser leur avenir, les appeler à convertir leurs bénéfices en les invitant à devenir des pêcheurs d’hommes.

À quelle étrange pêche Jésus les invite-t-il ? Jusqu’où va-t-il donc les emmener ? Eh bien, en effet, ils vont découvrir qu’ils sont appelés à offrir à leurs contemporains une autre nourriture, non plus tirée de la Mer, mais du Père, une nourriture spirituelle, celle-là, essentielle : la Parole de Dieu, le Pain de Vie, Corps du Ressuscité ! Et pour cela, ils iront jusqu’au Don de leur sang afin d’inséminer la terre-Mère, où fleuriront et germeront les fruits sacrés du Royaume.

Jean-Marie Martin, prêtre de l'Oratoire à Paris

© 2020 Jean-Marie Martin

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