Méditations 2

Évangile du samedi 21 Juillet 2018

Étant sortis, les Pharisiens tinrent conseil contre lui, en vue de le perdre. L'ayant su, Jésus se retira de là. Beaucoup le suivirent et il les guérit tous et il leur enjoignit de ne pas le faire connaître, pour que s'accomplit l'oracle d'Isaïe le prophète : Voici mon Serviteur que j'ai choisi, mon Bien-aimé qui a toute ma faveur. Je placerai sur lui mon Esprit et il annoncera le Droit aux nations. Il ne fera point de querelles ni de cris et nul n'entendra sa voix sur les grands chemins. Le roseau froissé, il ne le brisera pas, et la mèche fumante, il ne l'éteindra pas, jusqu'à ce qu'il ait mené le Droit au triomphe : en son nom les nations mettront leur espérance. (Matthieu 12, 14-21)
 

Méditation :
 

L’évangile n’est pas fait pour être disséqué, sinon, chacun pourrait prendre ce qui l’intéresse et négliger le reste, à savoir, ce qui le dérange, le contrarie, ou l’ennuie. Cependant, les versets qui m’intéressent plus particulièrement aujourd’hui, sans mettre à part les autres, sont ceux qui évoquent un Christ patient, confiant, aimant, compatissant, (on en a tellement besoin). Voici ce qui m’a retenu : Le roseau froissé, il ne le brisera pas, et la mèche fumante, il ne l'éteindra pas. Jésus ne se détourne d'aucune personne brisée, cassée, à bout de souffle, ou pervertie. Au contraire, rien ne peut Le faire s’en détourner, s’en désintéresser. Il est venu pour elle, Il s’est fait homme pour elle. Son face à face avec elle est unique car Il la sait unique ! Le roseau froissé, Il se penche vers lui pour le redresser, lui rendre mouvement et destinée, Il lui murmure son amour et lui prodigue ses encouragements, lui insuffle l’Espérance ; la mèche fumante, Il l’attise patiemment pour qu’elle reparte, flamboie et communique Sa Lumière. Il est épris de chaque créature car, à Ses yeux, chaque créature a du prix.
 

Jean-Marie Martin, prêtre de l’Oratoire à Paris

Évangile du 1er Juin 2018

Jésus entra à Jérusalem dans le Temple et, après avoir tout regardé autour de lui, comme il était déjà tard, il sortit pour aller à Béthanie avec les Douze. Le lendemain, comme ils étaient sortis de Béthanie, il eut faim. Voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s'il y trouverait quelque fruit, mais s'en étant approché, il ne trouva rien que des feuilles : car ce n'était pas la saison des figues. S'adressant au figuier, il lui dit : « Que jamais plus personne ne mange de tes fruits ! » Et ses disciples l'entendaient. Ils arrivent à Jérusalem. [Épisode du temple purifié de ses vendeurs]

Le soir venu, Jésus s'en allait hors de la ville. Passant au matin, ils virent le figuier desséché jusqu'aux racines. Et Pierre, se ressouvenant, lui dit : « Rabbi, regarde : le figuier que tu as maudit est desséché. » En réponse, Jésus leur dit : «Ayez foi en Dieu. En vérité je vous le dis, si quelqu'un dit à cette montagne :  Soulève-toi et jette-toi dans la mer, et s'il n'hésite pas dans son cœur, mais croit que ce qu'il dit va arriver, cela lui sera accordé. C'est pourquoi je vous dis : tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l'avez déjà reçu, et cela vous sera accordé. Et quand vous êtes debout en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, remettez-lui, afin que votre Père qui est aux cieux vous remette aussi vos offenses.  (Mc 11, 11-25)

Méditation :

Cette séquence relate une attitude de Jésus pour le moins inhabituelle et qui peut nous surprendre. Comment le Christ peut-il maudire ? Si je m’en tiens aux faits, je le vois bien humain, il a faim, jusque là ça va, mais voilà que ses dires et ses actions vont dépasser l’idée que l’on peut se faire du Fils de Dieu : il est agacé, car il ne trouve pas de quoi se sustenter alors qu’il pensait pouvoir le faire ; il est péremptoire, et injuste, car il s’en prend à un figuier qui ne peut pas porter de fruits hors-saison - comment peut-il l’ignorer ? ; il est répressif, car il condamne cet arbre à la stérilité ; et ce Christ si attentif à nourrir les foules qui viennent l’écouter, souhaite que personne ne puisse trouver de quoi se nourrir sur ce figuier. Et la malédiction va porter des fruits - quant à elle - car l’arbre sera détruit jusqu'aux racines. [Le vent commence à souffler dans les branches du figuier et la tempête va éclater sur les vendeurs du temple, violence inattendue et encore plus surprenante.]
 

Dans cet acharnement sur le figuier, j’y vois une allégorie : Jésus a faim de nous, de notre salut, de celui du monde, il s’enquiert de notre capacité à porter des fruits, et il n’y a pas de saison propice pour cela, c’est toujours le moment favorable de la fruition pour un disciple. Craignons la déception qu’il éprouverait s’il ne trouvait rien en nous qui puisse contenter son attente, sa faim, et qui, par là même, ne pourrait nourrir notre prochain qui mérite de l’être. À quoi bon laisser se perdre la sève qui découle de sa Croix, de sa Résurrection, de Son Esprit. Alors demandons en priant - et cela nous sera accordé à l’aune de notre foi - que nous soyons des disciples prolifiques, nous rappelant cette parole en Saint-Jean 15, 8 : Ce qui fait la Gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruits.
 

Jean-Marie Martin, oratorien à Paris Saint-Eustache

Évangile du samedi 27 octobre 2018

En ce même temps survinrent des gens qui lui rapportèrent ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs victimes. Prenant la parole, il leur dit : « Pensez-vous que, pour avoir subi pareil sort, ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens ? Non, je vous le dis, mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous pareillement. Ou ces dix-huit personnes que la tour de Siloé a tuées dans sa chute, pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les hommes qui habitent Jérusalem ?... Non, je vous le dis ; mais si vous ne voulez pas vous repentir, vous périrez tous de même. »
 

Il disait encore la parabole que voici : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher des fruits et n'en trouva pas. Il dit alors au vigneron : « Voilà trois ans que je viens chercher des fruits sur ce figuier, et je n'en trouve pas. Coupe-le ; pourquoi donc use-t-il la terre pour rien ? » L'autre lui répondit : « Maître, laisse-le cette année encore, le temps que je creuse tout autour et que je mette du fumier. Peut-être donnera-t-il des fruits à l'avenir... Sinon tu le couperas. » (Luc 13, 1-9)
 

Méditation
 

Ne serions-nous pas atterrés, scandalisés, si quelqu'un proclamait aujourd'hui : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez comme ceux qui sont morts par les eaux dans l'Aude, en Floride, par le tsunami en Indonésie, ou dans divers attentats et massacres, comme dernièrement en Crimée... » On peut souhaiter qu’un tel discours de répression ne passerait pas aujourd’hui, et pourtant, la croyance en un dieu répressif jouit d’une vie dure. Souhaitons que les sinistrés du Sud-ouest n’aient pas la tentation de croire qu’ils sont les cibles d’une sanction divine. « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? » Il vaut mieux être fermement incroyant que de proférer un tel poncif ! Malheureusement, la foi en un Dieu qui punit est bien ancrée dans certains esprits, et celle-ci semble plus facile, plus spontanée à se manifester, que la foi en un Dieu d’Amour qui ne veut que le bien de l’homme. Lorsque tout va bien dans nos vies, c'est grâce à nous ; quand tout va mal, ne serait-ce pas que Dieu en est l’artisan ?


Dans cet évangile, on pourrait penser que Jésus menace les pécheurs d’un châtiment terrible s’ils ne se convertissent pas. Or, c’est bien une marque d’amour de Jésus que prévenir ses contemporains de se convertir pour ne pas être saisis par un drame - totalement étranger à la volonté de Dieu -, qui risquerait de les couper de Celui-ci. Jésus ne les menace pas d’être châtiés, mais il les mets en garde contre un drame sans pareil : mourir séparés du Père en refusant son Amour. Mais, ô Espérance, Jésus entraînera tous les hommes avec lui dans son Mystère Pascal !
 

Dans la seconde partie de notre évangile, contemplons le visage de ce Père, en la personne du vigneron, qui nous présente un Dieu patient, un Dieu qui prend les moyens nécessaire pour faire progresser sa créature, car rien n’est jamais perdu : un homme créé à l’image de Dieu ne peut pas sombrer dans le néant, c’est impossible ! Dieu est un Père qui fonde toute espérance en les capacités humaines à rebondir, croître, avancer, germer, et porter du fruit en abondance.
 

Jean-Marie Martin, prêtre de l’Oratoire à Paris Saint-Eustache

Première lecture du 19 février 2018

Yahvé parla à Moïse et dit : Parle à toute la communauté des Israélites. Tu leur diras : Soyez saints, car moi, Yahvé votre Dieu, je suis saint. Nul d'entre vous ne commettra vol, dissimulation ou fraude envers son compatriote. Vous ne commettrez point de fraude en jurant par mon nom ; tu profanerais le nom de ton Dieu. Je suis Yahvé. Tu n'exploiteras pas ton prochain et ne le spolieras pas : le salaire de l'ouvrier ne demeurera pas avec toi jusqu'au lendemain matin. Tu ne maudiras pas un muet et tu ne mettras pas d'obstacle devant un aveugle, mais tu craindras ton Dieu. Je suis Yahvé.
 

Vous ne commettrez point d'injustice en jugeant. Tu ne feras pas acception de personnes avec le pauvre ni ne te laisseras éblouir par le grand : c'est selon la justice que tu jugeras ton compatriote. Tu n'iras pas diffamer les tiens et tu ne mettras pas en cause le sang de ton prochain. Je suis Yahvé. Tu n'auras pas dans ton cœur de haine pour ton frère. Tu dois réprimander ton compatriote et ainsi tu n'auras pas la charge d'un péché. Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas de rancune envers les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis Yahvé.
(Lévitique 19, 1-2.11-18)
 

Méditation
 

Ô combien de belles, bonnes et justes choses sont dites dans ce passage du Lévitique ! Ce livre en entier n’a pas ma faveur, mais je suis passionné, enthousiasmé par ce qui est demandé, commandé, dans ce chapitre 19. Toutes ces prescriptions culminent vers celle-ci : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » injonction que j’aime à percevoir et recevoir comme une apothéose de ce chapitre. Apo-THẺO-se. Plus tard, ce verset sera mis en exergue par le Christ, jetant sa Lumière sur ces mots qu’il nimbe de son Autorité, de sa Justice et de sa Vérité. Le verbe est le maître des mots, le roi de la Cour orthographe. Dans une phrase, le verbe articule et donne sens à celle-ci ; ainsi du Verbe de Dieu qui donne existence, révèle le sens, souligne l’urgence de la mise en œuvre, et souligne la suprématie des Écritures. Jésus, le Verbe de Dieu et Christ Sauveur, a repris ce commandement exigeant concernant notre prochain (et nous-mêmes), pour l’accoler définitivement au Premier Commandement. Lui seul pouvait oser faire ce rapprochement, mais quant à nous, nous ne pouvons pas le faire sans Lui, certes non, et nous ne pouvons pas le mettre en pratique sans lui.

En relisant ce chapitre 19, nous pouvons voir que le texte est parsemé de loin en loin d’une affirmation répétitive : « Je suis Yahvé ! » Il apparaît que l’amour du prochain est lié ainsi à celui de Dieu, par ce refrain qui revient de loin en loin : « Je suis Yahvé ». Jésus va pointer du doigt cette lumineuse répétition – comme s’il utilisait pour cela le Yad qui sert à suivre la lecture sur les rouleaux de la Torah – et nous ayant désigné ces affirmations répétées, de loin en loin, il veut réaliser pleinement l’Alliance entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain, en joignant à jamais ces deux commandements, comme si déjà il nous introduisait en la Divinité. Invitation à la sainteté, invitation à la Trinité : « Soyez saints comme Dieu est Saint ! »

Jean-Marie Martin, prêtre de l'Oratoire à Paris

Appel d'André

30 novembre 2017 

Comme il cheminait sur le bord de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et André son frère, qui jetaient l'épervier dans la mer ; car c'étaient des pêcheurs. Et il leur dit: « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. » Eux, aussitôt, laissant les filets, le suivirent. Et avançant plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, dans leur barque, avec Zébédée leur père, en train d'arranger leurs filets ; et il les appela. Eux, aussitôt, laissant la barque et leur père, le suivirent. (Matthieu 4, 18-22)
 

Méditation :

 

Les quatre premiers disciples, qui se trouvaient être frères, André et Pierre, Jacques et Jean, se regardèrent soudain, stupéfaits, alors que Jésus disait : « Si quelqu'un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu'à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » Que venait-il de dire ? Haïr ses frères ?... Le regard des frères ci-présent en disait long, ils se toisaient les uns les autres, et, visiblement, s’interrogeaient sur leur qualité d’amour fraternel. Jésus était-il vraiment leur préféré ? Par cette parole, le Maître leur demandait d’aller plus loin encore dans l’appel qu’ils avaient reçu !

Jusqu’où allait-t-il les emmener ? Jésus avait appelé un jour ces quatre disciples à le suivre, deux fois deux frères, chacun des deux étant issu du sein de la même mère, et tiré du rivage de la même Mer. Ils étaient unis, deux par deux par l’amour fraternel, et sans doute que les quatre se connaissaient, travaillant sur le même rivage, et habitant peut-être le même village. Quatre pêcheurs assidus à chercher de quoi nourrir leur famille, unique souci, et aucun d’eux n’imaginait avoir un autre débouché dans la vie que ce métier de pêcheur, n’ayant d’autre horizon que celui de la Mer de Galilée, et ses couchers de soleil, et, ainsi que le dit le livre de la Sagesse, le vent, la brise légère, la ronde des étoiles, la violence des flots, les luminaires du ciel gouvernant le cours du monde. Mais voilà que Jésus va bouleverser leur avenir, les appeler à convertir leurs bénéfices en les invitant à devenir des pêcheurs d’hommes.

À quelle étrange pêche Jésus les invite-t-il ? Jusqu’où va-t-il donc les emmener ? Eh bien, en effet, ils vont découvrir qu’ils sont appelés à offrir à leurs contemporains une autre nourriture, non plus tirée de la Mer, mais du Père, une nourriture spirituelle, celle-là, essentielle : la Parole de Dieu, le Pain de Vie, Corps du Ressuscité ! Et pour cela, ils iront jusqu’au Don de leur sang afin d’inséminer la terre-Mère, où fleuriront et germeront les fruits sacrés du Royaume.

Jean-Marie Martin, prêtre de l'Oratoire à Paris

© 2020 Jean-Marie Martin

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