Quelques fioretti

Parmi tant d'autres...

Certains jours, rencontres cocasses en permanence à la paroisse.


Seigneur, je t’attends ! Suivant les jours, les rencontres sont très variées, cela va des confessions formelles, récurrentes, aux aveux déchirants, au retour en Église, à la discussion sur la vie, l’exposé de situations inextricables, problèmes relevant du psy, fréquents cas supposés de possession, etc… Mais aussi, parfois, un long couteau de cuisine que l’on pose sur le bureau devant moi pour être dissuadé de l’utiliser, ou bien, un ancien dealer en chemin qui voudrait me faire goûter du cannabis (je renifle, pouah !), ou bien un SDF antillais encagoulé du Forum qui vient causer, causer, à tort et à travers, et qui finit par demander une bénédiction. (et qui reviendra parfois juste pour se faire bénir), ou bien un malabar désaxé en furie qui se propulse dans la pièce et qui en fait le tour en vociférant des propos incohérents, je ne sais que dire, je brille par mon silence, et ma prière intérieure, et il finit par partir après un bon moment. Ou bien un autre zonard du Forum, qui veut se confesser, (drogue et services reçus des prostituées), auquel je lis le récit du Fils Prodigue, et qui, bouleversé, avoue qu’il a abandonné son père qui gère tout seul sa petite exploitation loin de la France. Il photographie le texte de la parabole avec son portable pour la relire. Seigneur, tu as une multiplicité de visages, tellement différents et étonnants ! 

 

Rendez-vous à l’hôpital auprès d’une mourante en soins intensifs. Son ami me confie qu’ils aimeraient se marier avant qu’elle ne meure. Je sursaute ! Impossible, je serais hors-la-loi. Alors comment se mettre en-la-loi d’amour, celui de ton amour, Seigneur ? Les regards des deux amants sur moi s’apparentent à des banderilles de feu. L’homme me montre un anneau. Ouf ! Il n’y en a qu’un, donc pas d’échange entre eux qui pourrait laisser croire à un sacrement ! La surveillante du service accepte avec émotion d’être témoin. Je demande à la mourante si elle veut devenir l’épouse du monsieur, elle accepte, puis je pose la question au monsieur, qui accepte. Attention à la ratification, pas de formule rituelle, seulement susciter la joie, la paix, le bonheur. Le monsieur glisse l’anneau au doigt de la dame et l’embrasse, et je dis : « Désormais, devant Dieu qui voit votre amour, et qui s’en réjouit au-delà de ce que vous pouvez imaginer, rien ne pourra jamais vous séparer, et certainement pas la mort. » L’épouse est décédée pendant son transfert en ambulance.  

Bénédiction heureuse et peu banale à l’hôpital.

 

Visite en maison de retraite : une famille a demandé le sacrement des malades pour une parente. Mais en arrivant, je constate qu’il s’agit d’une défunte. Ses enfants le savaient-ils en m’appelant ? Par devers moi, je ne veux pas faire un simulacre de sacrement, car ils sont faits pour les vivants. Alors, j’improvise. Je m’approche d’elle, et je signe ses yeux : « Sois béni Seigneur pour ce que ces yeux ont contemplé, et nous te l’offrons. (Puis son front) Sois béni Seigneur pour toutes les pensées qui suscitèrent en elle la joie et l’amour qu’elle a donné aux autres, et nous te les offrons. (Ses oreilles) Sois béni Seigneur pour l’écoute qu’elle a su offrir aux autres… (Ses épaules) Sois béni aussi pour les fardeaux des autres qu’elle a su porter… (Sa bouche) Sois béni pour toutes les paroles créatrices qu’elle a proférées. (Ses mains) Sois béni pour tout de ce qu’elle a su construire, et les relations qu’elle a nouées… (Son cœur) Sois béni pour tout l’amour qu’elle a rayonné autour d’elle… » Ainsi, je n’ai pas donné le sacrement des malades à cette défunte, mais j’ai offert à sa famille le sacrement de sa vie.

Une vie qui devient sacrement,
en maison de retraite.

 

Tendre la main à quelqu’un que l’on déconsidère va-t-il de soi ? Nous avons trop souvent les mains lisses de nos refus d’empathie, de relation. Vivat à celui qui aura les mains calleuses d’avoir trop salué, trop étreint le dissemblable ! Accueillir la personne homosexuelle « devrait » aller de soi, c’est un Droit Humain, comme pour tout homme, comme pour tout chrétien et pour les croyants de toutes religions. Je dis « devrait » car chacun, chrétien ou non, découvre ses propres difficultés face à l’homosexualité. Celle-ci peut venir de diverses raisons, et tout bonnement, par le biais du non-accès et du refus à la différence, qui jouent pour une part. Mais des personnes étrangères à cette contingence pourront la contrer, - comme vous avec votre frère -, car mues par le respect rigide des normes, de la Loi, de la pureté idéalisée, des dictats d’une religion, des principes immuables et séculaires d’une caste, d’une famille, d’une culture… and so on !

 

Le plus fâcheux, cher Monsieur, ce n’est pas que des personnes soient lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, transexuelles, le plus dramatique, c’est que des frères en humanité ne puissent pas les tolérer, les accueillir, au moins chercher à les comprendre. S'ils le font, leur approche de la personne homosexuelle aura mis en lumière leurs limites, leur réalité, et c’est déjà une façon qui leur sera offerte de mieux se connaître, s’appréhender, et progresser en humanité.

 

Quand vous rejetez votre frère, - qui en souffre -, quand vous rejetez ces personnes, quand vous voulez les abaisser, voire leur porter atteinte, c’est vous qui vous retrouvez plus bas qu’eux. En quoi d’ailleurs étaient-ils plus bas ou plus méprisable que vous ? Qui voit les cœurs sinon Dieu ? Chacune et chacun est créé à l’image de Dieu. Et celui qui souffre et qui tombe sera surpris de trouver le Christ qui l’a devancé dans sa chute, affalé par terre sous le poids de sa croix, qu’il continue de traîner car il sait qu’elle est source de notre Salut.

Pour un jeune homme homophobe
qui rejette son frère.

© 2019 Jean-Marie Martin