Méditations 1 

Fête du Christ-Roi 
22 novembre 2020

                                                      LE CHRIST-JOIE

Vous avez-bien lu, j’ai réellement écrit Joie là où devrait se trouver le mot Roi. La méditation des textes qui nous sont offerts, à l’occasion de cette fête du Christ-Roi, m’a amené à les recevoir, ces textes, dans une attitude de Joie.
 

Dès le premier texte du prophète Ezéchiel, le berger est exemplaire d’attention envers ses brebis, il ne montre pour elles que sollicitude magnanime, soins appropriés, guidance avisée, protection vigilante et aimante, nourriture réparatrice et repos régénérateur…
 

Et ce qu’il entreprend pour ses brebis, ce Bon Berger, eh bien en retour, il attend d’elles qu’elles en fassent autant les unes pour les autres ! Et curieusement, ce qu’elles auront fait en ce sens, c’est à Lui-même qu’elles l’auront fait : « Tu as su donner à boire à tes frères et sœurs qui avaient soif ? C’est à moi que tu l’as fait, viens à moi ! Tu as su soigner les malades ? Tu m’en as fait tout autant, viens à moi ! Tu as su secourir les blessés, les affamés ? Quel bonheur de t’avoir vu te pencher sur moi ! Oui, c’était moi qui gisais là ! Viens à moi ! Tu as su accueillir les étrangers ? Viens à moi, viens à moi !
 

Tu vois ! ce n’est pas difficile d’aimer, ni d’atteindre le cœur de l’Amour, il suffit d’atteindre le cœur de tes frères et sœurs ! Et tu comprendras le sens de la vie humaine, où l’Amour est Souverain.
 

L’amour que le Berger aura prodigué à ses brebis, elles auront maintes et maintes occasions de le faire fructifier entre elles, – ô oui, Dieu du ciel, il y a pléthore de bien à faire ! – et ce faisant, voilà qu’elles toucheront, ces brebis, à la source de l’Amour ! Suprématie de l’amour qui passe de cœur en cœur, de vie en vie, comme la navette du métier à tisser va et vient au sein du tissage en cours, pour le faire croître et resplendir de mille couleurs chatoyantes.

 

Et ainsi se déploiera le plus beau règne qui soit, où le Christ Lumière Vérité et Vie devient le Christ-Roi d’une Royauté qui n’est autre que celle de l’Amour ! Un amour non pas empoussiéré et figé entre les lignes des livres saints, mais un amour vécu concrètement à travers des vies, et qui ainsi trouvera son sens, même si, parfois, c’est dans le sang qu’elle le trouvera, car l’amour est parfois à ce prix. Le Christ n’a pas craint de prendre ce chemin et d’en faire une Voie Royale, où le Christ-Roi devient Christ-Joie pour nous !
 

Ne voilà-t-il pas des prémices exaltantes nous invitant à prendre la route de l’Avent qui approche ?
 

                                                                               Jean-Marie Martin, oratorien, vicaire à Saint-Eustache

Évangile du dimanche 25 Octobre 2020

 

Apprenant qu'il avait fermé la bouche aux Sadducéens, les Pharisiens se réunirent en groupe, et l'un d'eux lui demanda pour l'embarrasser : « Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? » Jésus lui dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes. » (Mtt 22, 34-40)

Méditation :

 

J’ai visionné dernièrement le clip d’une ONG de défense des Droits de l’Homme, et voici ce que l’on y voyait : pendant un match, une partie du stade s’était mise à pousser des grognements de singe quand un footballeur de couleur noire avait sauté pour intercepter la balle avec sa poitrine. La réaction du public m’a glacé, bouleversé ! Le regard de cet homme humilié, blessé, était poignant... « Le Verbe s’est fait noir, et il fut humilié parmi nous ! » Nouvel Angélus ! Sonnez, les cloches, ou plutôt... le glas ! Je me suis senti tout proche de ce jeune joueur africain, oui, tout proche, et tellement loin de tous ces blancs qui étaient dans les gradins, haineux et beuglants, qui se dégradaient ainsi dans leur humanité, pour en remonter rapidement le cours vers l’amont de l’évolution, si bien que les primates se trouvèrent parmi les spectateurs, et non pas sur le terrain. Mais combien d’autres tristes exemples en notre monde, au cours des siècles, et tout récemment, ces derniers temps, ces agressions mortelles aux USA.

Au chapitre 19 du Lévitique, là où l’on trouve ce commandement : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis Saint ! », on trouve aussi ce verset 18 : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Jésus est allé le chercher pour l’accoler au premier commandement : « Tu aimeras le Seigneur Ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toute ta force… Tu aimeras ton prochain comme toi-même » C’est ainsi que Jésus, nous révélant tout à coup la folie de l’Amour de Dieu, a composé un seul commandement de l’Amour dû à Dieu et celui qui est dû au prochain. C’est bien dire là son autorité !

Et toujours au même chapitre 19 du Lévitique, au verset 34, on trouve une similitude étonnante avec le verset 18. Ce verset est composé sur le même schéma que le verset 18 : L’étranger qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers au pays d’Égypte. Je suis Yahvé votre Dieu. La similitude avec le verset 18 retenu par Jésus est frappante : « Tu aimeras ton prochain (et donc ici l’étranger) comme toi-même ». Bien sûr, le commandement d’aimer son prochain comme soi-même recouvre aussi l’étranger, ça pourrait tomber sous le sens, mais c’est quand même plus explicite quand le verset 34 nous le précise, car il n’est pas toujours évident de prendre conscience que l’étranger est aussi mon prochain. [Je prends le mot étranger au sens large : étrange, bizarre, pas comme nous, pas normal, et bien sûr, immigrés, réfugiés politiques, sans-papiers, personnes de couleur, de culture différente…] Et il est bon de savoir qu’aimer l’étranger comme soi-même est un chemin qui nous permettra de répondre à ce commandement global : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis Saint ! »

                                                                                                 Jean-Marie Martin, oratorien à Saint-Eustache

Évangile du vendredi 28 août 2020           

Il en sera du Royaume des Cieux comme de dix vierges qui s'en allèrent, munies de leurs lampes, à la rencontre de l'époux. Or cinq d'entre elles étaient sottes et cinq étaient sensées. Les sottes, en effet, prirent leurs lampes, mais sans se munir d'huile ; tandis que les sensées, en même temps que leurs lampes, prirent de l'huile dans les fioles. Comme l'époux se faisait attendre, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent. Mais à minuit un cri retentit : « Voici l'époux ! sortez à sa rencontre ! » Alors toutes ces vierges se réveillèrent et apprêtèrent leurs lampes. Et les sottes de dire aux sensées : « Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent. » Mais celles-ci leur répondirent : « Il n'y en aurait sans doute pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez les marchands et achetez-en pour vous. » Elles étaient parties en acheter quand arriva l'époux : celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte se referma. Finalement les autres vierges arrivèrent aussi et dirent : « Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! » Mais il répondit : « En vérité je vous le dis, je ne vous connais pas ! » Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure. (Mt 25, 1-13)

Méditation

De nombreux textes de l’Évangile donnent de sérieux tourments, comme celui-ci. Cette porte qui se claque au nez de ces pauvres filles, qui n’avaient pas choisi d’être étourdies, peut nous révolter. Pour pouvoir parler de joie de l’Évangile à propos de cette péricope, je voudrais l’aborder sous la forme d’un petit midrash.
 

Mais à minuit un cri retentit : « Voici l'époux ! sortez à sa rencontre ! »
 

Les sages : Oh ! Mes pauvres petites sœurs, vous n’avez pas pris assez d’huile ? Mais ne vous inquiétez pas, nous allons partager !

Les insensées : Mais y en aura-t-il assez pour toutes ?

Les sages : Quand on partage, il y a toujours assez, et si les provisions s’amenuisent, ce sont les cœurs qui s’agrandissent en s’emplissant d’amour, qu’il soit partagé ou reçu. L’Époux préférera ça de beaucoup !

Les insensées : Peut-être pourrions-nous quand même aller au village pour en acheter ?

Les sages : Vous n’y pensez pas, nous serions bien méchantes de vous encourager à aller en pleine nuit au-devant de boutiques fermées. Pour ce coup-là, c’est nous qui serions insensées ! Et vous pourriez manquer l’arrivée de l’Époux, qu’en aucun cas il ne faut louper. Nous voulons que vous en profitiez aussi pleinement.

Les insensées : Vous êtes vraiment très soucieuses de nous, c’est bouleversant !

Les sages : Comment pourrions-nous faire autrement quand on connait cet Époux qui vient à notre rencontre et qui est Tout Amour ? Si nous agissions égoïstement et méchamment envers vous, nous ne pourrions pas nous présenter devant Lui, mortes de honte que nous serions, et nous aurions enfreint gravement le commandement de l’amour fraternel !

Les insensées : Alors, que faisons-nous ?

Les sages : Que chacune d’entre vous se place aux côtés de l’une d’entre nous, ainsi, chacune de vous sera éclairée par une lampe. Et lorsque l’Époux arrivera, il sera fasciné par cette communion d’amour intense entre ses filles d’honneur, deux à deux, les visages rayonnant de la même lumière. Et découvrant, en plus, que les plus défavorisées d’entre nous sont pleinement considérées par les plus nanties, l’Époux s’exclamera : « Quelle joie ! Je constate que ma Parole a été intégrée avec justesse et bonheur par vous toutes, vous me faites grand honneur ! Vous glorifiez notre Père qui est aux Cieux ! Voilà bien le Royaume ! »

                                                                                                       Jean-Marie Martin, oratorien à Paris

Évangile du mardi 16 Juin 2020

« Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Et si vous réservez vos saluts à vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait.
(Mtt 5, 43-48)

Méditation
 

Ton Amour, Seigneur, n’est pas arrêté par l’abondance de haine qui se déchaîne, et pour ta part, tu ne connais d’abondance que celle de l’Amour. Quand tu demandes à tes disciples d’aimer même leur ennemi, tu sais, ô combien, ce dont tu parles. Crois-tu vraiment que nous en soyons capables ? Osons-nous croire que nous en avons reçu la capacité ? Pourquoi s’étonner, d’ailleurs, que tu nous demandes, à nous les humains, à nous tes disciples, d’aimer nos ennemis, et de prier pour ceux qui nous persécutent, puisque tu nous en as montré le chemin, et puisque tu les aimes, nos ennemis, et que tu les sauves ! Mais sans l’aide de ton Esprit d’Amour, comment aimer suffisamment pour faire front à la haine qui ravage notre monde ?

Est-ce suffisant de déverser des flots d’Amour et de Pardon pour éteindre les flammes destructrices répandues sur l’humanité par une grande partie d’elle-même ? C’est pourtant ce que tu nous demandes, Seigneur. Ne voilà-t-il pas une exigence qui dépasse nos capacités humaines, et qui a de quoi laisser au bord du chemin, découragés, dépités, désabusés, les disciples qui s’en reconnaîtront totalement incapables ? Ou pire, tous ceux qui crieront à la folie et qui partiront chercher un autre maître, en haussant les épaules, quitte à se fourvoyer !

Mais ce qui ressemble à un défi que tu nous lances, c’est au contraire une invitation à te ressembler au plus près et coïncider avec le projet du Père ! En osant expérimenter l’amour des ennemis, il est bien possible que nous découvrions que c’est réalisable ! D’ailleurs tout homme possède la marque de Dieu en lui – même mon ennemi mortel –, et je suis persuadé que cette marque n’est pas soluble dans le venin de la haine, et qu’elle ne peut pas disparaître complètement, quel que soit le degré de pourrissement de l’homme. Il restera toujours en ce dernier – au cœur de la haine, au cœur même des ennemis qui cherchent à se détruire l’un l’autre – il subsistera toujours, inamovible, un noyau d’amour, même infime, même ignoré, qui restera indemne ! Au cœur de l’homme, Seigneur, il restera toujours la marque de Ta Présence, la Signature du Créateur, l’Estampille qui clame notre vérité, notre authenticité. Jésus, tu nous emmènes au-delà de ce dont nous nous croyons capables.

Seigneur, dans mes fantasmes les plus fous, j’aimerais moi aussi aimer de cette façon ; oui, quand j’entends tes paroles nous inciter à cette exigence, je suis saisi d’enthousiasme, et je n’envisage aucune autre façon d’aimer. À qui donc irais-je, Seigneur, tu as les paroles de la Vie éternelle, et j’aime envisager l’amour tel que tu nous l’enseignes ! Ça vaut vraiment le coup de te suivre ! Vraiment !... Je n’en veux suivre aucun autre !

Oui mais, Seigneur, quand je suis confronté à ma pauvre contingence, je trouve que tu as placé la barre bien haut, très haut perchée ! Mais Toi, Seigneur, tu crois en nous, sinon ce serait te moquer de nous effrontément que de nous demander l’impossible ! Un Dieu d’Amour ne peut pas se moquer de ses créatures, car il se renierait ! Merci, Seigneur, ce n’est pas rien d’être un homme, car Tu as mis en nos cœurs la capacité d’aimer à ton image et à ta ressemblance…

 

Jean-Marie Martin, oratorien à Paris.

Évangile du vendredi 8 mai 2020

Armistice

 

« Que votre cœur ne se trouble pas ! vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures, sinon, je vous l'aurais dit ; je vais vous préparer une place. Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. Et du lieu où je vais, vous savez le chemin. » Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? » Jésus lui dit : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi. (BJ - Jean 14, 1-6)

 

Méditation

En ces temps de pandémie où tant et tant des nôtres nous quittent, ou plutôt, nous sont arrachés sans ménagement, beaucoup d’entre nous, au travers de la douleur de cette séparation imprévisible, sont ramenés à regarder la mort en face. Ou de travers ! Peut-être se révoltent-ils, à juste titre, contre leur Créateur. Ils sont bien souvent amenés à s’interroger au sujet de leur propre départ : seront-ils saisis, eux aussi, dans cet abattage sournois ? « Où courir ? où ne pas courir ? n'est-il point là ? n'est-il point ici ? » écrivait Molière dans un monologue bien connu.

Au cours de cette guerre privée de bruits de bottes, une guerre bien propre, où le sang ne coule pas, où les maisons ne s’écroulent pas, où les bruit de mitrailles ne déchirent pas les tympans et les cœurs, une guerre sans Armistice… voilà que certains d’entre nous découvrent que l’ennemi est déjà en eux – pernicieux ennemi arrivé en tapinois –, oui, horreur, il est là ! avant qu’ils aient eu connaissance de son approche. Il était là et ils n’en avaient pas conscience.

Relisez cette dernière phrase… À qui vous fait elle penser ? Ne vous rappelle-t-elle pas une autre Présence ? Un Autre qui est déjà là en nous, bien avant que le virus ne s’y soit glissé. En avançant cette idée, je ne fais pas de Jésus le Conquérant du virus, ni le Maître hors compétition des gestes barrières, ou le vaccin miracle. Les soignants très compétents et motivés s’en chargent, tout donnés à leur tâche au péril de leur vie, (dans une attitude christique) ils sont là pour nous !

LUI, il est – comme toujours et en tout – à nos côtés, partageant tout de ce que nous vivons. Il est intubé, lui aussi. Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie, est avec nous, sous les respirateurs.

 

Jean-Marie Martin, oratorien à Saint-Eustache

Evangile du samedi 28 Mars 2020

 

Dans la foule, plusieurs, qui avaient entendu ces paroles, disaient : « C'est vraiment lui le prophète ! » D'autres disaient : « C'est le Christ ! » Mais d'autres disaient : « Est-ce de la Galilée que le Christ doit venir ? L'Écriture n'a-t-elle pas dit que c'est de la descendance de David et de Bethléem, le village où était David, que doit venir le Christ ? » Une scission se produisit donc dans la foule, à cause de lui. Certains d'entre eux voulaient le saisir, mais personne ne porta la main sur lui.

 

Les gardes revinrent donc trouver les grands prêtres et les Pharisiens. Ceux-ci leur dirent : « Pourquoi ne l'avez-vous pas amené ? » Les gardes répondirent : « Jamais homme n'a parlé comme cela ! » Les Pharisiens répliquèrent : « Vous aussi, vous êtes-vous laissé égarer ? Est-il un des notables qui ait cru en lui ? ou un des Pharisiens ? Mais cette foule qui ne connaît pas la Loi, ce sont des maudits ! » Nicodème, l'un d'entre eux, celui qui était venu trouver Jésus précédemment, leur dit : « Notre Loi juge-t-elle un homme sans d'abord l'entendre et savoir ce qu'il fait ! » Ils lui répondirent : « Es-tu de la Galilée, toi aussi ? Étudie ! Tu verras que ce n'est pas de la Galilée que surgit le prophète. » Et ils s'en allèrent chacun chez soi.  (Jean 7, 40-53)


Méditation

 

J’aurais envie d’embrasser ces gardes, – si coronavirus il n’y avait –, car leur réponse me subjugue ! Les bras leur en tombe, ces braves garçons, et leurs armes avec, ils sont désarmés : « Jamais on n’a parlé comme cela ! » Ils n’ont pas pris position dans le débat qu’ils ont entendu mener devant eux – Prophète ou Christ, Galilée ou Bethléem ! –, ces hommes d’arme n’en ont cure, ils n’en ont pas pensé davantage, ils n’ont pas d’opinion intellectuelle sur le sujet, mais ils ont su saisir l’essentiel : cet homme qu’ils devaient ramener manu militari, eh bien, cet homme possède un discours unique et renversant, une parole qui vous traverse davantage que leur javelot, une parole qui inverse les convictions et préjugés, qui recrée du vrai et du sensible, qui redonne liberté à la pensée et à l’action, une parole qui rejoint les humbles et les profanes, les pauvres – si pauvres qu’ils en sont riches ! – exempts de toutes idées préconçues et impérieuses auxquelles il faut croire. 

 

Oui, les gardes ont su discerner l’essentiel. Cet homme qu’ils devaient arrêter les a retournés, il a inversé la situation en les libérant ! « Jamais on n’a parlé comme cela ! » Il est une parole, une parole à la Une, cet homme est La Parole, cet homme est Le Verbe ! Et cet homme n’a qu’Une parole, franche et aiguisée comme leur épée – délivrée de son fourreau protecteur –, une lame qui va jusqu’à l’âme pour la délivrer de ce qui la tient captive, et l’affranchir de ce qui ligote, musèle, et emprisonne la pensée créatrice et la volonté libératrice de l’homme. 

 

                                                                                                     Jean-Marie Martin prêtre de l’Oratoire à Paris

Évangile du 5 février 2020

Le sabbat venu, Jésus se mit à enseigner dans la synagogue, et le grand nombre en l'entendant étaient frappés et disaient : « D'où cela lui vient-il ? Et qu'est-ce que cette sagesse qui lui a été donnée et ces grands miracles qui se font par ses mains ? Celui-là n'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient choqués à son sujet. Et Jésus leur disait : « Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, dans sa parenté et dans sa maison. » Et il ne pouvait faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il guérit quelques infirmes en leur imposant les mains. Et il s'étonna de leur manque de foi. Il parcourait les villages à la ronde en enseignant. (BJ - Mc 6, 1-6)
Méditation
« Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, sa parenté et sa maison… » Une parole de la bible qui a traversé les frontières et les siècles sous la forme : « Nul n’est prophète en son pays ! » J’en ai trouvé une vingtaine d’adaptation à travers le monde, la plupart du temps, elles sont fidèles à l’expression d’origine, mais parfois on trouve des aménagements curieux comme celles-ci, au Maroc : « Gayat dial douarna makay farejchi [En phonétique ]» Le clarinettiste de notre village ne nous émerveille plus ; ou bien cette autre au Vietnam : « Bụt nhà không thiêng »  Le génie de la maison n'est pas sacré (pas compétent), il n'a pas de pouvoir ; ou encore une adaptation Russe : « Vezde khorocho gde nas net » Partout est bon où ne nous sommes pas.
Bien sûr, même en ces diverses adaptations, nous retrouvons l’essence du propos de Jésus. Un exégète – que je ne suis pas – pourrait nous dire si Jésus a utilisé une maxime de son époque, ou si ce sont ses propos qui ont fusé à travers les siècles car ils traduisaient une vérité caractéristique de l’être humain. Mais alors pourquoi des paroles aussi essentielles que : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ou [plus magnifique encore, à mon sens, car ça, ce n’est pas de l’amour guimauve :] « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent. » Pourquoi, allais-je dire, ces paroles ne se propagent pas autant que notre maxime, et surtout ne se mettent pas en pratique avec bonheur partout dans le monde ?
Et il ne pouvait faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il guérit quelques infirmes en leur imposant les mains. Voilà que Jésus aussi est infirme, à cause du manque de foi de ses contemporains, il ne peut guérir que ceux qui reconnaissent en lui un reflet d’eux-mêmes, à savoir, les infirmes. Mais nous savons bien que Jésus a pris toutes nos infirmités, alors, nous avons tous de quoi nous reconnaître en lui, établissons-nous en totale confiance à son égard.  
 
Jean-Marie Martin, oratorien, vicaire à Saint-Eustache

Évangile du 18 décembre 2019

 

Or telle fut la genèse de Jésus Christ. Marie, sa mère, était fiancée à Joseph : or, avant qu'ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait de l'Esprit Saint. Joseph, son mari, qui était un homme juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la répudier sans bruit.

Alors qu'il avait formé ce dessein, voici que l'Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus : car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

Or tout ceci advint pour que s'accomplît cet oracle prophétique du Seigneur : Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l'appellera du nom d'Emmanuel, ce qui se traduit : « Dieu avec nous ». Une fois réveillé, Joseph fit comme l'Ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui sa femme. (BJ. Matthieu, 1, 18-24)

 

Méditation

 

Marie l’a échappé belle ! Nous savons ce qui lui serait arrivé si Joseph avait suivi la Loi à la lettre et l’avait dénoncée ! De là à avancer l’hypothèse que Jésus est né parce que la Loi a été transgressée !... Jésus serait-il donc un hors-la-loi ? Absolument ! Il est hors-la-loi de tout ce qui distord, annule, écrase, fausse les lois de l’équité, de la justice, de la vérité, tout ce qui perverti et travestis la loi de l’Amour. Il est hors-la-loi de tout ce qui opprime l’homme, qui le soumet, l’offense, l’affame, le déshumanise, le débilite, l’entrave, l’extermine. Il est hors-la-loi de toutes ces lois destructrices, asservissantes, perverses, diaboliques, que les hommes ont inventées, élaborées, pour inverser le principe de création divine, pour que règne sur le monde la toute-puissance épouvantail de la haine, du mensonge, de la mort…

Ô Loi d’Amour, libre de toutes lois inhumaines, (qui se déguisent parfois sournoisement en lois justes) Loi d’Amour, affranchie de toute contrefaçon, Loi de bon aloi, sois notre Souffle de Vie, que le Verbe Divin vienne nous féconder en cette fête de la Nativité, nous régénérer, nous libérer, nous relier davantage encore au Père, donne-nous soif de Lui appartenir et de rayonner son Amour vers tous les hommes.

Bienheureux père Saint-Joseph, sois béni d’avoir gardé le silence pour que la parole puisse naitre, la Parole du Dieu Tout Amour. Avec toi, grâce à toi, le silence aussi devient Silence Tout Amour !

 

Jean-Marie martin, oratorien, vicaire à Saint-Eustache.

Évangile du Lundi 9 septembre 2019

Or il advint, un autre sabbat, que Jésus entra dans la synagogue, et il enseignait. Il y avait là un homme dont la main droite était sèche. Les scribes et les Pharisiens l'épiaient pour voir s'il allait guérir, le sabbat, afin de trouver à l'accuser. Mais lui connaissait leurs pensées. Il dit donc à l'homme qui avait la main sèche : « Lève-toi et tiens-toi debout au milieu. » Il se leva et se tint debout. Puis Jésus leur dit : « Je vous le demande : est-il permis, le sabbat, de faire le bien plutôt que de faire le mal, de sauver une vie plutôt que de la perdre ? » Promenant alors son regard sur eux tous, il lui dit : « Étends ta main. » L'autre le fit, et sa main fut remise en état. Mais eux furent remplis de rage, et ils se concertaient sur ce qu'ils pourraient bien faire à Jésus. (Luc 6, 6-11)

Méditation

Que de sécheresse dans cet évangile ! Le plus desséché n’est pas celui sur lequel on attire l’attention. Si je sors mon scanner de poche pour le promener sur cette assemblée, je suis consterné par ce que je découvre. Il est impossible que Jésus ne voie pas ce que je vois. Alors, sans doute que cette opération à « Shabbat ouvert », et sans anesthésie, se veut salutaire aussi pour l’assemblée qui épie Jésus et attend de le piéger. L’homme à la main sèche est loin d’être le seul en ce cas, il est peut-être même le moins desséché de tous. Actionnons mon scanner. Les voyez-vous toutes ces mains desséchées qui ne s’ouvrent pas vers les autres, pour les saluer, les accueillir, les apaiser, les rassurer, pour partager, mais jamais en retard pour les montrer du doigt, les rejeter, les vouer aux gémonies ? Les voyez-vous ces mains desséchées qui emprisonnent leur propre cœur, qui les serre à les étouffer, pour les empêcher de s’ouvrir, et pour geler immédiatement tout geste fraternel ou amical qui les engagerait trop ? Les voyez-vous ces êtres desséchés à cause de prises intensives, et même surdoses, de morale mal digérée et surtout indigeste ? Ces pauvres humains sont tous mes frères, des frères aux pensées desséchées et désenchantes, adorateurs de la Loi idolâtrée.  

 

- Dis-moi, toi qui écris ces lignes, insolent petit jocrisse, pourrais-tu retourner contre toi ton scanner accusateur ?

- Pas de problème, c’est facile, j’ai même la fonction selfie !

- Alors, que vois-tu ?

- Oh ! c’est trop bête ! mon appareil vient de tomber en panne, là, tout de suite !

- Ça t’arrange bien, n’est-ce pas ! 

- La barbe que tous ces ustensiles à l’obsolescence programmée !

 

Jean-Marie Martin, oratorien, vicaire à Saint-Eustache.

Évangile du samedi 27 Juillet 2019

Jésus proposa aux foules une autre parabole : « Il en va du Royaume des Cieux comme d'un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi est venu, il a semé à son tour de l'ivraie, au beau milieu du blé, et il s'en est allé. Quand le blé est monté en herbe, puis en épis, alors l'ivraie est apparue aussi. S'approchant, les serviteurs du propriétaire lui dirent : « Maître, n'est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D'où vient donc qu'il s'y trouve de l'ivraie ? » Il leur dit : « C'est quelque ennemi qui a fait cela. » Les serviteurs lui disent : « Veux-tu donc que nous allions la ramasser ? » – « Non, dit-il, vous risqueriez, en ramassant l'ivraie, d'arracher en même temps le blé. Laissez l'un et l'autre croître ensemble jusqu'à la moisson ; et au moment de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d'abord l'ivraie et liez-la en bottes que l'on fera brûler ; quant au blé, recueillez-le dans mon grenier. » (Mt 13, 24-30)

Méditation

Quand nous lisons cette parabole, l’espérance renaît en nos cœurs ! Ne trouvez-vous pas ? Car qui d’entre nous n’a pas son lot d’ivraie, plus ou moins conséquent, qui l’effraie, qui l’encombre en ses pensées, ses réactions, ses projets, ses relations aux autres, mais aussi sa perception de lui-même, avec son lot de culpabilités, de découragements, d’illusions. Et il pourrait nous arriver de penser que le Seigneur ne voit en nous que l’ivraie qui pousse. Mais les regards de Dieu ne sont pas les nôtres ! Il n’est intéressé que par le bon grain. Qu’aurait-il à faire de l’ivraie ?

Souvenons-nous de ce passage d’Isaïe (chapitre 42, 3) qui désigne le Serviteur souffrant : Il n’écrasera pas le roseau froissé ; il n’éteindra pas la mèche qui faiblit. Notre évangile du jour n’est-il pas de cet ordre ?

Cette prudence et cette patience par rapport à ce qui n’est pas conforme me rappelle un film assez ancien, dont j’ai oublié le titre, traité en style de parabole, dans lequel le héros avait une fâcheuse anomalie humiliante qui le tourmentait. Il essaya de nombreux moyens pour s’en défaire et se fit même opérer pour s’en débarrasser, mais voilà que sans cette imperfection, l’homme en question ne se reconnaissait plus, il n’était plus lui-même, tout se déglingua de ce qu’il était, il se sentait autre, alors il se mit à dépérir. Mon film n’est pas un parallèle de la parabole de l’ivraie, mais il peut nous aider à comprendre qu’il vaut mieux ne pas tout arracher en soi de ce qu’on a remarqué comme n’étant pas conforme.

Jean-Marie Martin, oratorien, Saint-Eustache

Évangile du vendredi 7 juin 2019

 

Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. » Jésus lui dit : « Pais mes agneaux. » Il lui dit à nouveau, une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » - « Oui, Seigneur, lui dit-il, tu sais que je t'aime. » Jésus lui dit : « Pais mes brebis. » Il lui dit pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Pierre fut peiné de ce qu'il lui eût dit pour la troisième fois : « M'aimes-tu ? », et il lui dit : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime. » Jésus lui dit : « Pais mes brebis. En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture, et tu allais où tu voulais ; quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas. » Il signifiait, en parlant ainsi, le genre de mort par lequel Pierre devait glorifier Dieu. Ayant dit cela, il lui dit : « Suis-moi. » Jean 21, 15-19

Méditation

 

Nous avons souvent entendu commenter ce texte, et à raison, comme étant un reflet en positif des trois reniements survenus la nuit de la Passion. Pour en élargir l’interprétation, il me plaît à penser que ces questions pourraient nous être posées par le Seigneur dans certaines circonstances, et le cas échéant, nous pouvons nous entendre dire : “Autant tu m’auras renié, autant j'aimerais t’entendre me dire à quel point tu m’aimes ; et surtout, je voudrais par-là t’aider à prendre conscience que tu es encore capable de m’aimer malgré ton reniement et tes remords qui te minent ; en revanche, cela suppose que tu saches te pardonner à toi-même, et t’aimer comme il se doit.”  

 

Même si le parcours de notre vie a été fait de chemins de traverse, de sentiers pierreux, de sentes boueuses, de raidillons accidentés, de ravines abruptes, de gouffres menaçants, c’est toujours par la voie royale de l’Amour que nous trouvons Dieu. Un jour ou l’autre, il nous rejoint dans nos ornières, voire notre fange, ou nos cloaques, − il ne craint pas de s’y embourber car son Amour pour nous est un antidote à tous nos déboires − pour nous en tirer et nous placer sur Son Chemin aplani et sûr, arasé et nivelé par le souci incommensurable qu’il éprouve pour chacun de nous.

 

Seigneur, même si nous revenons vers toi en tendant le dos, en rasant les murs de honte, en tremblant d'inquiétude, quoiqu'il nous soit arrivé, quoique nous ayons fait, nous sommes sûrs d’être reçus avec amour. Nous demanderas-tu des comptes ? Nous présenteras-tu une ardoise ? Ta seule question sera : “M’aimes-tu ?” Le commandement suprême n’est-il pas fondé sur l’amour ? Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toute ta force, et ton prochain comme toi-même. Comment être surpris alors que cette question de l’amour que nous lui portons nous soit posée par Dieu ? Mais peut-être qu’il pourrait bien − sait-on jamais − prolonger sa question ainsi : “Alors si tu dis m’aimer, comment se fait-il que tu n’aimes pas assez ton prochain, ni toi-même ?” (cf. 1 Jn 4,20)

 

Jean-Marie Martin, prêtre de l’Oratoire à Paris

Première lecture du jeudi 11 avril 2019

 

Abram tomba la face contre terre. Dieu lui parla ainsi : « Moi, voici mon alliance avec toi : tu deviendras père d'une multitude de nations. Et l'on ne t'appellera plus Abram, mais ton nom sera AbraHam, car je te fais père d'une multitude de nations. Je te rendrai extrêmement fécond, de toi je ferai des nations, et des rois sortiront de toi. J'établirai mon alliance entre moi et toi, et ta race après toi, de génération en génération, une alliance perpétuelle, pour être ton Dieu et celui de ta race après toi. À toi et à ta race après toi, je donnerai le pays où tu séjournes, tout le pays de Canaan, en possession à perpétuité, et je serai votre Dieu. » Dieu dit à Abraham : « Et toi, tu observeras mon alliance, toi et ta race après toi, de génération en génération. » Genèse 17, 3-9

 

Méditation

 

Au chapitre 2 de ce même livre, au verset 7, le rédacteur nous relate – au moyen du schème de pensée de son époque, bien entendu –, la façon dont Dieu s’y est pris pour créer l’homme : Alors Yahvé Dieu modela l'homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l'homme devint un être vivant. L’essentiel est dit, nous venons de rien, même pas d’une terre cultivable, mais d’une terre argileuse sur laquelle rien de bon ne peut pousser. Sauf si Dieu relève ses manches, car cette glaise, on peut la modeler pour en faire des objets d’art ! Elle est le matériau que Dieu va utiliser pour modeler son chef d'œuvre : l’Homme. Et par son haleine de vie – qui permet aussi la formulation de la Parole créatrice –, il achève sa création. Or, la création de l’Homme, déjà sublime, n’est pas suffisante, ni satisfaisante aux yeux de Dieu.

 

Cette partie de la Bible concerne tout homme au début de l'humanité, tandis que celle que nous lisons aujourd’hui nous introduit dans le cycle d’un peuple choisi par Dieu pour lui conférer une mission particulière, et le primat de cette dynamique sera Abraham. C’est par lui que Dieu va continuer son œuvre initiée au Commencement, il veut réaliser une Alliance avec l’homme, et, pour cela, pratiquer comme une greffe où l’homme serait enté définitivement sur Lui.

 

Abram tomba la face contre terre – le front dans la glaise, c’est de là qu’il vient –, et il va vivre une re-création grâce à l’Alliance avec Dieu, qui sublime ainsi sa créature. Pour pratiquer l’entaille qui servira à greffer, on donne un petit coup de hache avec justesse au bon endroit du tronc. Je me permets un jeu de mot douteux : le coup de H que Dieu donne au nom d’Abram deviendra AbraHam. L’homme Accompli est un Alliage sublime de Dieu et de lui-même, grâce à l’Alliance opérée avec Dieu.  

 

Jean-Marie Martin, prêtre de l’Oratoire à Paris Saint-Eustache

Évangile du jeudi 7 février 2019

 

Il appelle à lui les Douze et il se mit à les envoyer en mission deux à deux, en leur donnant pouvoir sur les esprits impurs. Et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route qu'un bâton seulement, ni pain, ni besace, ni menue monnaie pour la ceinture, mais : « Allez chaussés de sandales et ne mettez pas deux tuniques. » Et il leur disait : « Où que vous entriez dans une maison, demeurez-y jusqu'à ce que vous partiez de là. Et si un endroit ne vous accueille pas et qu'on ne vous écoute pas, sortez de là et secouez la poussière qui est sous vos pieds, en témoignage contre eux. » Étant partis, ils prêchèrent qu'on se repentit ; et ils chassaient beaucoup de démons et faisaient des onctions d'huile à de nombreux infirmes et les guérissaient. (Marc 6, 7-13)

 

Méditation

 

Il n’est pas bon de partir en mission surchargé comme pour faire l’ascension de l’Annapurna, et bien que nous soyons invités à une marche qui peut être rude, et même ascensionnelle, n’oublions pas ce verset du prophète Isaïe 52, 7 : Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : « Il règne, ton Dieu ! ». Il faut donc prendre les moyens d’être léger, mobile, réactif, même sur les sommets montagneux de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Je veux préciser par là : annoncer le Christ sans prendre un char d’assaut ou un rouleau-compresseur, ni un marteau-pilon, sans être chaussés de gros godillots pour piétiner les plates-bandes des convictions acquises par ceux que nous allons rencontrer, – ils ont aussi beaucoup à nous apprendre, nous en serons surpris –, pas de besaces bourrées d’arguments bien fourbis pour convaincre ou suggestionner, voire manipuler, mais au contraire, des sandales légères qui donnent souplesse et légèreté, et que l’on peut retirer facilement pour partir sur la pointe des pieds si jamais nous sommes refoulés ; s’éloigner ainsi par respect des convictions opposées, et de surcroît, secouer la poussière de nos pieds, montrant ainsi à nos opposants que l’on veut préserver leur Liberté, et que c’est une primeur dans le message du Christ. Le Seigneur saura bien rejoindre les uns ou les autres par des voies plus adaptées à ce qu’ils sont, à leurs convictions, à leur cheminement. Après tout, il envoie ses disciples au devant de lui, c’est donc une annonce de son passage.

 

Jean-Marie Martin, oratorien, vicaire Saint-Eustache

© 2020 Jean-Marie Martin

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