Méditations 1 

Évangile du mardi 25 mai 2021

 

Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous, nous avons tout laissé et nous t'avons suivi. » Jésus déclara : « En vérité, je vous le dis, nul n'aura laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs à cause de moi et à cause de l'Evangile, qui ne reçoive le centuple dès maintenant, au temps présent, en maisons, frères, sœurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront derniers et les derniers seront premiers. » Marc 10, 28-31

 

Méditation

 

La question que pose Pierre nous paraît légitime, elle est chargée de l'inquiétude non formulée ouvertement, mais très intéressée, du "donnant-donnant." La réponse immédiate de Jésus a de quoi le rassurer, il recevra bien au-delà de ce qu’il peut imaginer, à l’aune du centuple ! C’est une perspective tout à fait séduisante, sauf que… eh bien oui, il faut envisager de subir des persécutions ! Voilà une perspective alarmante qui a de quoi assombrir l’horizon ! Mais à l’horizon, justement oui, à l’horizon de l’horizon, au-delà de toutes les tribulations, il y a la Vie Éternelle !

 

Maintenant, regardons l’inventaire de ce que Jésus nous demande d’abandonner pour le suivre, à savoir, maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs, et comparons cette énumération à la seconde, c'est à dire, celle qui énonce ce qui nous sera rendu au centuple, en récompense d’avoir tout laissé pour le suivre. Nous avons l’impression que chacun des éléments y est répété, comme en reflet, et majoré dans le sens de l’abondance. Or, il n’en est rien, le reflet est faussé puisque le compte n’y est pas.

 

L’évangéliste a-t-il voulu qu’il en soit ainsi ? (Je ne suis pas exégète pour répondre à cette question.) En tout cas, je constate que, dans ce qui nous sera rendu au centuple, il manque un élément essentiel. Tout vous sera rendu au centuple, sauf, sauf... le père ! Cela nous rappelle clairement qu’on ne doit pas attendre un autre père que le Seul qui existe, celui que Jésus nous révèle, Son Père et Notre Père, comme Jésus nous l’a fermement enseigné autre part :

 

« Vous n’avez qu’un seul Père ! »

 

                                                                                      Jean-Marie Martin, prêtre de l'Oratoire à Paris

Évangile du mercredi 3 mars 2021

Devant monter à Jérusalem, Jésus prit avec lui les Douze en particulier et leur dit pendant la route : « Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le livreront aux païens pour être bafoué, flagellé et mis en croix ; et le troisième jour, il ressuscitera. »

Alors la mère des fils de Zébédée s'approcha de lui, avec ses fils, et se prosterna pour lui demander quelque chose. « Que veux-tu ? » lui dit-il. Elle lui dit : « Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ton Royaume. »

Jésus répondit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » Ils lui disent : « Nous le pouvons. » - « Soit, leur dit-il, vous boirez ma coupe ; quant à siéger à ma droite et à ma gauche, il ne m'appartient pas d'accorder cela, mais c'est pour ceux à qui mon Père l'a destiné. »

Les dix autres, qui avaient entendu, s'indignèrent contre les deux frères Les ayant appelés près de lui, Jésus dit : « Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il n'en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier d'entre vous, sera votre esclave. C'est ainsi que le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. » (Mtt 20, 17-28)

Méditation :

Cette péricope a de quoi nous révolter, comme l’on été d’ailleurs les disciples témoins de cette scène. Apparemment, dans l’annonce que vient de faire Jésus au sujet de ce qui va lui arriver à Jérusalem, la famille Zébédée n’a retenu que la happy end : la Résurrection ! Les souffrances et la crucifixion, n’en ont-ils donc rien à faire ? Mauvais moment à passer ?

Résurrection, belle perspective ! D’où cette demande effrontée et inconséquente que Jacques et Jean, rougissants sans doute, n’osent pas formuler eux-mêmes – trop honte, sans doute, ben oui, un peu de lucidité quand même ! – et c’est maman qui sera chargée d’exprimer leur requête. (On se demande bien ce qu’elle faisait là !) En tout cas, elle sait bien les placer, ses fils, avec autorité, et sans formule de politesse :
« Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche – » De quoi enflammer la rage et la jalousie des autres disciples !  

Et voilà que Jacques et Jean se révèlent en plus bien présomptueux : « Bien sûr, Seigneur, qu’on pourra boire la même coupe que toi ! » Quelle déconvenue, les enfants, quand ça vous arrivera !

Dans un autre récit, chez Luc, ces deux mêmes jeunes demandaient à Jésus d’envoyer le feu du ciel pour exterminer le village de Samaritains qui refusait de les accueillir. Décidemment Jésus ne craint pas de s’entourer de gens aux passions bien humaines, voire inhumaines !

Alors en ce début de Carême, il est bon de se rappeler que Jésus appelle à sa suite sans demander de certificats de salubrité mentale et spirituelle, de bonne conduite et de moralité irréprochable. Il nous incite à nous focaliser sur l’aujourd’hui de notre mission, sur le moment favorable, le kairos, l’urgence du service, sans nous préoccuper de récompenses éventuelles dont la perspective nous ferait oublier la gratuité de ce service. Travaillons d’abord au Royaume, le reste nous sera donné par surcroît.

Jean-Marie Martin, oratorien à Paris

Évangile du mercredi 20 janvier 2021

Jésus entra de nouveau dans une synagogue, et il y avait là un homme qui avait la main desséchée. Et ils l’épiaient pour voir s’il allait le guérir, le jour du sabbat, afin de l’accuser. Il dit à l’homme qui avait la main sèche : « Lève-toi, là, au milieu. » Et il leur dit : « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien plutôt que de faire du mal, de sauver une vie plutôt que de la tuer ? » Mais eux se taisaient. Promenant alors sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leur cœur, il dit à l’homme : « Étends la main. » Il l’étendit et sa main fut remise en état. Étant sortis, les Pharisiens tenaient aussitôt conseil avec les Hérodiens contre lui, en vue de le perdre. (Marc 3, 1-6)

Méditation 

 

L’homme à la main sèche est entouré d’hommes « au cœur desséché » par les dictats cristallisants d’une Loi vécue à tort comme absolutiste. Jésus leur demanda : « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien plutôt que de faire du mal ? […] » Mais eux se taisaient. Pour eux, le commandement de l’Amour enjamberait-il le jour du Shabbat ? (Si tant est que ces hommes aimaient vraiment durant la semaine !). Tu aimeras ton prochain comme toi-même… sauf le jour du Shabbat ? Ce serait une consternante bizarrerie de la Loi. Qu’en serait-il de nous si Dieu en faisait autant ? S’il cessait de nous aimer le jour du Shabbat – ou le dimanche, pour les chrétiens – comment pourrions-nous subsister ? Car, n’est-ce pas son amour qui nous maintient dans l’existence ? Dans le texte de la Genèse, Dieu s’est reposé le septième jour, il s’est reposé de travailler, c’est-à-dire de créer, mais il ne s’est pas reposé d’aimer (même si créer et aimer, pour lui, est tout un) ! Si Dieu tout Amour cessait d’aimer, (le pourrait-il, d’ailleurs ?) serait-il encore Dieu ? Il abdiquerait sa Nature, il se renierait. Et d’autre part, si c’est son amour qui nous maintient en vie, si Dieu se reposait d’aimer, ne serions-nous pas menacés de retourner au néant ?

Promenant alors sur eux un regard de colère, (ils n’ont vraiment rien compris à ce Dieu qu’ils entendent honorer et servir si fidèlement) navré de l’endurcissement de leur cœur, Jésus dit à l’homme : « Étends la main. » Il l’étendit et sa main fut remise en état.

Combien d’entre eux, à cette vue, ont-ils eu le cœur remis en état ?

 

Jean-Marie Martin, prêtre de l’Oratoire à Paris

Évangile du jeudi 3 décembre 2020

 

« Ce n'est pas en me disant : "Seigneur, Seigneur", qu'on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c'est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux.

« Ainsi, quiconque écoute ces paroles que je viens de dire et les met en pratique, peut se comparer à un homme avisé qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison, et elle n'a pas croulé : c'est qu'elle avait été fondée sur le roc. Et quiconque entend ces paroles que je viens de dire et ne les met pas en pratique, peut se comparer à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont rués sur cette maison, et elle s'est écroulée. Et grande a été sa ruine ! » (Matthieu 7, 21. 24-27)

Méditation

 

Une illustration frappante, et malheureuse, de cet évangile nous fut donnée dernièrement au cours des dégâts opérés par la tempête Alex dans les Alpes-Maritimes, où nous avons assisté en direct (ou en replay) à l’éboulement de maisons et même de petits immeubles, construits aux mauvais endroits dans des couloirs montagneux encaissés. (J’utilise cet exemple sans bien sûr faire un lien avec une quelconque action divine dans ce désastre récent.)

 

Inutile de répéter ici le dernier verset de notre évangile, vous avez tout à fait visualisé, à cause de nos tristes actualités du Sud-Est, l’effet désastreux que pourraient produire de mauvaises fondations pour nous chrétiens, non pas pour notre habitation, mais pour notre vie de foi ! Voilà ce qui risque d’arriver, nous annonce Matthieu, à ceux qui feront la sourde oreille aux paroles du Christ ; ils risquent, non pas l’écroulement de leurs habitations, mais celui de leur vie intérieure et de leur attachement au Christ.

 

« Ce n'est pas en me disant : "Seigneur, Seigneur", qu'on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c'est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux. » Il nous faut donc aller au-delà du simple fait d’écouter. En effet, le premier commandement qui commence par « Écoute ! » ne s’arrête pas à cette injonction, sinon ce serait un commandement qui résonnerait dans le vide. S’il m’est demandé d’écouter, c’est pour mieux agir ensuite. « Écoute ! Tu aimeras… » Les deux impératifs sont liés ! Quand le Seigneur nous demande d’écouter, c’est donc écouter en vue d’aimer, en se laissant façonner un cœur d’écoutant par l’Esprit-Saint, qui, si nous sommes balbutiants en la matière, nous enseignera comment aimer, qui aimer, pourquoi aimer, et comment mieux aimer, même dans l’adversité et l’épreuve. Ainsi Jésus nous rappelle qu’il ne suffit pas d’écouter ses commandements, mais de les mettre en pratique pour que l’édifice de notre vie en Lui soit solide, inébranlable, pérenne, et qu’il produise des fruits en abondance. 

 

Jean-Marie Martin, prêtre de l’Oratoire à Paris

Fête du Christ-Roi 
22 novembre 2020

                                                      LE CHRIST-JOIE

Vous avez-bien lu, j’ai réellement écrit Joie là où devrait se trouver le mot Roi. La méditation des textes qui nous sont offerts, à l’occasion de cette fête du Christ-Roi, m’a amené à les recevoir, ces textes, dans une attitude de Joie.
 

Dès le premier texte du prophète Ezéchiel, le berger est exemplaire d’attention envers ses brebis, il ne montre pour elles que sollicitude magnanime, soins appropriés, guidance avisée, protection vigilante et aimante, nourriture réparatrice et repos régénérateur…
 

Et ce qu’il entreprend pour ses brebis, ce Bon Berger, eh bien en retour, il attend d’elles qu’elles en fassent autant les unes pour les autres ! Et curieusement, ce qu’elles auront fait en ce sens, c’est à Lui-même qu’elles l’auront fait : « Tu as su donner à boire à tes frères et sœurs qui avaient soif ? C’est à moi que tu l’as fait, viens à moi ! Tu as su soigner les malades ? Tu m’en as fait tout autant, viens à moi ! Tu as su secourir les blessés, les affamés ? Quel bonheur de t’avoir vu te pencher sur moi ! Oui, c’était moi qui gisais là ! Viens à moi ! Tu as su accueillir les étrangers ? Viens à moi, viens à moi !
 

Tu vois ! ce n’est pas difficile d’aimer, ni d’atteindre le cœur de l’Amour, il suffit d’atteindre le cœur de tes frères et sœurs ! Et tu comprendras le sens de la vie humaine, où l’Amour est Souverain.
 

L’amour que le Berger aura prodigué à ses brebis, elles auront maintes et maintes occasions de le faire fructifier entre elles, – ô oui, Dieu du ciel, il y a pléthore de bien à faire ! – et ce faisant, voilà qu’elles toucheront, ces brebis, à la source de l’Amour ! Suprématie de l’amour qui passe de cœur en cœur, de vie en vie, comme la navette du métier à tisser va et vient au sein du tissage en cours, pour le faire croître et resplendir de mille couleurs chatoyantes.

 

Et ainsi se déploiera le plus beau règne qui soit, où le Christ Lumière Vérité et Vie devient le Christ-Roi d’une Royauté qui n’est autre que celle de l’Amour ! Un amour non pas empoussiéré et figé entre les lignes des livres saints, mais un amour vécu concrètement à travers des vies, et qui ainsi trouvera son sens, même si, parfois, c’est dans le sang qu’elle le trouvera, car l’amour est parfois à ce prix. Le Christ n’a pas craint de prendre ce chemin et d’en faire une Voie Royale, où le Christ-Roi devient Christ-Joie pour nous !
 

Ne voilà-t-il pas des prémices exaltantes nous invitant à prendre la route de l’Avent qui approche ?
 

                                                                               Jean-Marie Martin, oratorien, vicaire à Saint-Eustache

Évangile du dimanche 25 Octobre 2020

 

Apprenant qu'il avait fermé la bouche aux Sadducéens, les Pharisiens se réunirent en groupe, et l'un d'eux lui demanda pour l'embarrasser : « Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? » Jésus lui dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes. » (Mtt 22, 34-40)

Méditation :

 

J’ai visionné dernièrement le clip d’une ONG de défense des Droits de l’Homme, et voici ce que l’on y voyait : pendant un match, une partie du stade s’était mise à pousser des grognements de singe quand un footballeur de couleur noire avait sauté pour intercepter la balle avec sa poitrine. La réaction du public m’a glacé, bouleversé ! Le regard de cet homme humilié, blessé, était poignant... « Le Verbe s’est fait noir, et il fut humilié parmi nous ! » Nouvel Angélus ! Sonnez, les cloches, ou plutôt... le glas ! Je me suis senti tout proche de ce jeune joueur africain, oui, tout proche, et tellement loin de tous ces blancs qui étaient dans les gradins, haineux et beuglants, qui se dégradaient ainsi dans leur humanité, pour en remonter rapidement le cours vers l’amont de l’évolution, si bien que les primates se trouvèrent parmi les spectateurs, et non pas sur le terrain. Mais combien d’autres tristes exemples en notre monde, au cours des siècles, et tout récemment, ces derniers temps, ces agressions mortelles aux USA.

Au chapitre 19 du Lévitique, là où l’on trouve ce commandement : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis Saint ! », on trouve aussi ce verset 18 : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Jésus est allé le chercher pour l’accoler au premier commandement : « Tu aimeras le Seigneur Ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toute ta force… Tu aimeras ton prochain comme toi-même » C’est ainsi que Jésus, nous révélant tout à coup la folie de l’Amour de Dieu, a composé un seul commandement de l’Amour dû à Dieu et celui qui est dû au prochain. C’est bien dire là son autorité !

Et toujours au même chapitre 19 du Lévitique, au verset 34, on trouve une similitude étonnante avec le verset 18. Ce verset est composé sur le même schéma que le verset 18 : L’étranger qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers au pays d’Égypte. Je suis Yahvé votre Dieu. La similitude avec le verset 18 retenu par Jésus est frappante : « Tu aimeras ton prochain (et donc ici l’étranger) comme toi-même ». Bien sûr, le commandement d’aimer son prochain comme soi-même recouvre aussi l’étranger, ça pourrait tomber sous le sens, mais c’est quand même plus explicite quand le verset 34 nous le précise, car il n’est pas toujours évident de prendre conscience que l’étranger est aussi mon prochain. [Je prends le mot étranger au sens large : étrange, bizarre, pas comme nous, pas normal, et bien sûr, immigrés, réfugiés politiques, sans-papiers, personnes de couleur, de culture différente…] Et il est bon de savoir qu’aimer l’étranger comme soi-même est un chemin qui nous permettra de répondre à ce commandement global : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis Saint ! »

                                                                                                 

                                                                                                   Jean-Marie Martin, oratorien à Saint-Eustache

Évangile du vendredi 28 août 2020           

Il en sera du Royaume des Cieux comme de dix vierges qui s'en allèrent, munies de leurs lampes, à la rencontre de l'époux. Or cinq d'entre elles étaient sottes et cinq étaient sensées. Les sottes, en effet, prirent leurs lampes, mais sans se munir d'huile ; tandis que les sensées, en même temps que leurs lampes, prirent de l'huile dans les fioles. Comme l'époux se faisait attendre, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent. Mais à minuit un cri retentit : « Voici l'époux ! sortez à sa rencontre ! » Alors toutes ces vierges se réveillèrent et apprêtèrent leurs lampes. Et les sottes de dire aux sensées : « Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent. » Mais celles-ci leur répondirent : « Il n'y en aurait sans doute pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez les marchands et achetez-en pour vous. » Elles étaient parties en acheter quand arriva l'époux : celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte se referma. Finalement les autres vierges arrivèrent aussi et dirent : « Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! » Mais il répondit : « En vérité je vous le dis, je ne vous connais pas ! » Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure. (Mt 25, 1-13)

Méditation

De nombreux textes de l’Évangile donnent de sérieux tourments, comme celui-ci. Cette porte qui se claque au nez de ces pauvres filles, qui n’avaient pas choisi d’être étourdies, peut nous révolter. Pour pouvoir parler de joie de l’Évangile à propos de cette péricope, je voudrais l’aborder sous la forme d’un petit midrash.
 

Mais à minuit un cri retentit : « Voici l'époux ! sortez à sa rencontre ! »
 

Les sages : Oh ! Mes pauvres petites sœurs, vous n’avez pas pris assez d’huile ? Mais ne vous inquiétez pas, nous allons partager !

Les insensées : Mais y en aura-t-il assez pour toutes ?

Les sages : Quand on partage, il y a toujours assez, et si les provisions s’amenuisent, ce sont les cœurs qui s’agrandissent en s’emplissant d’amour, qu’il soit partagé ou reçu. L’Époux préférera ça de beaucoup !

Les insensées : Peut-être pourrions-nous quand même aller au village pour en acheter ?

Les sages : Vous n’y pensez pas, nous serions bien méchantes de vous encourager à aller en pleine nuit au-devant de boutiques fermées. Pour ce coup-là, c’est nous qui serions insensées ! Et vous pourriez manquer l’arrivée de l’Époux, qu’en aucun cas il ne faut louper. Nous voulons que vous en profitiez aussi pleinement.

Les insensées : Vous êtes vraiment très soucieuses de nous, c’est bouleversant !

Les sages : Comment pourrions-nous faire autrement quand on connait cet Époux qui vient à notre rencontre et qui est Tout Amour ? Si nous agissions égoïstement et méchamment envers vous, nous ne pourrions pas nous présenter devant Lui, mortes de honte que nous serions, et nous aurions enfreint gravement le commandement de l’amour fraternel !

Les insensées : Alors, que faisons-nous ?

Les sages : Que chacune d’entre vous se place aux côtés de l’une d’entre nous, ainsi, chacune de vous sera éclairée par une lampe. Et lorsque l’Époux arrivera, il sera fasciné par cette communion d’amour intense entre ses filles d’honneur, deux à deux, les visages rayonnant de la même lumière. Et découvrant, en plus, que les plus défavorisées d’entre nous sont pleinement considérées par les plus nanties, l’Époux s’exclamera : « Quelle joie ! Je constate que ma Parole a été intégrée avec justesse et bonheur par vous toutes, vous me faites grand honneur ! Vous glorifiez notre Père qui est aux Cieux ! Voilà bien le Royaume ! »

                                                                                                       Jean-Marie Martin, oratorien à Paris

Évangile du mardi 16 Juin 2020

« Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Et si vous réservez vos saluts à vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait.
(Mtt 5, 43-48)

Méditation
 

Ton Amour, Seigneur, n’est pas arrêté par l’abondance de haine qui se déchaîne, et pour ta part, tu ne connais d’abondance que celle de l’Amour. Quand tu demandes à tes disciples d’aimer même leur ennemi, tu sais, ô combien, ce dont tu parles. Crois-tu vraiment que nous en soyons capables ? Osons-nous croire que nous en avons reçu la capacité ? Pourquoi s’étonner, d’ailleurs, que tu nous demandes, à nous les humains, à nous tes disciples, d’aimer nos ennemis, et de prier pour ceux qui nous persécutent, puisque tu nous en as montré le chemin, et puisque tu les aimes, nos ennemis, et que tu les sauves ! Mais sans l’aide de ton Esprit d’Amour, comment aimer suffisamment pour faire front à la haine qui ravage notre monde ?

Est-ce suffisant de déverser des flots d’Amour et de Pardon pour éteindre les flammes destructrices répandues sur l’humanité par une grande partie d’elle-même ? C’est pourtant ce que tu nous demandes, Seigneur. Ne voilà-t-il pas une exigence qui dépasse nos capacités humaines, et qui a de quoi laisser au bord du chemin, découragés, dépités, désabusés, les disciples qui s’en reconnaîtront totalement incapables ? Ou pire, tous ceux qui crieront à la folie et qui partiront chercher un autre maître, en haussant les épaules, quitte à se fourvoyer !

Mais ce qui ressemble à un défi que tu nous lances, c’est au contraire une invitation à te ressembler au plus près et coïncider avec le projet du Père ! En osant expérimenter l’amour des ennemis, il est bien possible que nous découvrions que c’est réalisable ! D’ailleurs tout homme possède la marque de Dieu en lui – même mon ennemi mortel –, et je suis persuadé que cette marque n’est pas soluble dans le venin de la haine, et qu’elle ne peut pas disparaître complètement, quel que soit le degré de pourrissement de l’homme. Il restera toujours en ce dernier – au cœur de la haine, au cœur même des ennemis qui cherchent à se détruire l’un l’autre – il subsistera toujours, inamovible, un noyau d’amour, même infime, même ignoré, qui restera indemne ! Au cœur de l’homme, Seigneur, il restera toujours la marque de Ta Présence, la Signature du Créateur, l’Estampille qui clame notre vérité, notre authenticité. Jésus, tu nous emmènes au-delà de ce dont nous nous croyons capables.

Seigneur, dans mes fantasmes les plus fous, j’aimerais moi aussi aimer de cette façon ; oui, quand j’entends tes paroles nous inciter à cette exigence, je suis saisi d’enthousiasme, et je n’envisage aucune autre façon d’aimer. À qui donc irais-je, Seigneur, tu as les paroles de la Vie éternelle, et j’aime envisager l’amour tel que tu nous l’enseignes ! Ça vaut vraiment le coup de te suivre ! Vraiment !... Je n’en veux suivre aucun autre !

Oui mais, Seigneur, quand je suis confronté à ma pauvre contingence, je trouve que tu as placé la barre bien haut, très haut perchée ! Mais Toi, Seigneur, tu crois en nous, sinon ce serait te moquer de nous effrontément que de nous demander l’impossible ! Un Dieu d’Amour ne peut pas se moquer de ses créatures, car il se renierait ! Merci, Seigneur, ce n’est pas rien d’être un homme, car Tu as mis en nos cœurs la capacité d’aimer à ton image et à ta ressemblance…

 

Jean-Marie Martin, oratorien à Paris.

Évangile du vendredi 8 mai 2020

Armistice

 

« Que votre cœur ne se trouble pas ! vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures, sinon, je vous l'aurais dit ; je vais vous préparer une place. Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. Et du lieu où je vais, vous savez le chemin. » Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? » Jésus lui dit : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi. (BJ - Jean 14, 1-6)

 

Méditation

En ces temps de pandémie où tant et tant des nôtres nous quittent, ou plutôt, nous sont arrachés sans ménagement, beaucoup d’entre nous, au travers de la douleur de cette séparation imprévisible, sont ramenés à regarder la mort en face. Ou de travers ! Peut-être se révoltent-ils, à juste titre, contre leur Créateur. Ils sont bien souvent amenés à s’interroger au sujet de leur propre départ : seront-ils saisis, eux aussi, dans cet abattage sournois ? « Où courir ? où ne pas courir ? n'est-il point là ? n'est-il point ici ? » écrivait Molière dans un monologue bien connu.

Au cours de cette guerre privée de bruits de bottes, une guerre bien propre, où le sang ne coule pas, où les maisons ne s’écroulent pas, où les bruit de mitrailles ne déchirent pas les tympans et les cœurs, une guerre sans Armistice… voilà que certains d’entre nous découvrent que l’ennemi est déjà en eux – pernicieux ennemi arrivé en tapinois –, oui, horreur, il est là ! avant qu’ils aient eu connaissance de son approche. Il était là et ils n’en avaient pas conscience.

Relisez cette dernière phrase… À qui vous fait elle penser ? Ne vous rappelle-t-elle pas une autre Présence ? Un Autre qui est déjà là en nous, bien avant que le virus ne s’y soit glissé. En avançant cette idée, je ne fais pas de Jésus le Conquérant du virus, ni le Maître hors compétition des gestes barrières, ou le vaccin miracle. Les soignants très compétents et motivés s’en chargent, tout donnés à leur tâche au péril de leur vie, (dans une attitude christique) ils sont là pour nous !

LUI, il est – comme toujours et en tout – à nos côtés, partageant tout de ce que nous vivons. Il est intubé, lui aussi. Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie, est avec nous, sous les respirateurs.

 

Jean-Marie Martin, oratorien à Saint-Eustache

Evangile du samedi 28 Mars 2020

 

Dans la foule, plusieurs, qui avaient entendu ces paroles, disaient : « C'est vraiment lui le prophète ! » D'autres disaient : « C'est le Christ ! » Mais d'autres disaient : « Est-ce de la Galilée que le Christ doit venir ? L'Écriture n'a-t-elle pas dit que c'est de la descendance de David et de Bethléem, le village où était David, que doit venir le Christ ? » Une scission se produisit donc dans la foule, à cause de lui. Certains d'entre eux voulaient le saisir, mais personne ne porta la main sur lui.

 

Les gardes revinrent donc trouver les grands prêtres et les Pharisiens. Ceux-ci leur dirent : « Pourquoi ne l'avez-vous pas amené ? » Les gardes répondirent : « Jamais homme n'a parlé comme cela ! » Les Pharisiens répliquèrent : « Vous aussi, vous êtes-vous laissé égarer ? Est-il un des notables qui ait cru en lui ? ou un des Pharisiens ? Mais cette foule qui ne connaît pas la Loi, ce sont des maudits ! » Nicodème, l'un d'entre eux, celui qui était venu trouver Jésus précédemment, leur dit : « Notre Loi juge-t-elle un homme sans d'abord l'entendre et savoir ce qu'il fait ! » Ils lui répondirent : « Es-tu de la Galilée, toi aussi ? Étudie ! Tu verras que ce n'est pas de la Galilée que surgit le prophète. » Et ils s'en allèrent chacun chez soi.  (Jean 7, 40-53)


Méditation

 

J’aurais envie d’embrasser ces gardes, – si coronavirus il n’y avait –, car leur réponse me subjugue ! Les bras leur en tombe, ces braves garçons, et leurs armes avec, ils sont désarmés : « Jamais on n’a parlé comme cela ! » Ils n’ont pas pris position dans le débat qu’ils ont entendu mener devant eux – Prophète ou Christ, Galilée ou Bethléem ! –, ces hommes d’arme n’en ont cure, ils n’en ont pas pensé davantage, ils n’ont pas d’opinion intellectuelle sur le sujet, mais ils ont su saisir l’essentiel : cet homme qu’ils devaient ramener manu militari, eh bien, cet homme possède un discours unique et renversant, une parole qui vous traverse davantage que leur javelot, une parole qui inverse les convictions et préjugés, qui recrée du vrai et du sensible, qui redonne liberté à la pensée et à l’action, une parole qui rejoint les humbles et les profanes, les pauvres – si pauvres qu’ils en sont riches ! – exempts de toutes idées préconçues et impérieuses auxquelles il faut croire. 

 

Oui, les gardes ont su discerner l’essentiel. Cet homme qu’ils devaient arrêter les a retournés, il a inversé la situation en les libérant ! « Jamais on n’a parlé comme cela ! » Il est une parole, une parole à la Une, cet homme est La Parole, cet homme est Le Verbe ! Et cet homme n’a qu’Une parole, franche et aiguisée comme leur épée – délivrée de son fourreau protecteur –, une lame qui va jusqu’à l’âme pour la délivrer de ce qui la tient captive, et l’affranchir de ce qui ligote, musèle, et emprisonne la pensée créatrice et la volonté libératrice de l’homme. 

 

                                                                                                     Jean-Marie Martin prêtre de l’Oratoire à Paris

Évangile du 5 février 2020

Le sabbat venu, Jésus se mit à enseigner dans la synagogue, et le grand nombre en l'entendant étaient frappés et disaient : « D'où cela lui vient-il ? Et qu'est-ce que cette sagesse qui lui a été donnée et ces grands miracles qui se font par ses mains ? Celui-là n'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient choqués à son sujet. Et Jésus leur disait : « Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, dans sa parenté et dans sa maison. » Et il ne pouvait faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il guérit quelques infirmes en leur imposant les mains. Et il s'étonna de leur manque de foi. Il parcourait les villages à la ronde en enseignant. (BJ - Mc 6, 1-6)
Méditation
« Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, sa parenté et sa maison… » Une parole de la bible qui a traversé les frontières et les siècles sous la forme : « Nul n’est prophète en son pays ! » J’en ai trouvé une vingtaine d’adaptation à travers le monde, la plupart du temps, elles sont fidèles à l’expression d’origine, mais parfois on trouve des aménagements curieux comme celles-ci, au Maroc : « Gayat dial douarna makay farejchi [En phonétique ]» Le clarinettiste de notre village ne nous émerveille plus ; ou bien cette autre au Vietnam : « Bụt nhà không thiêng »  Le génie de la maison n'est pas sacré (pas compétent), il n'a pas de pouvoir ; ou encore une adaptation Russe : « Vezde khorocho gde nas net » Partout est bon où ne nous sommes pas.
Bien sûr, même en ces diverses adaptations, nous retrouvons l’essence du propos de Jésus. Un exégète – que je ne suis pas – pourrait nous dire si Jésus a utilisé une maxime de son époque, ou si ce sont ses propos qui ont fusé à travers les siècles car ils traduisaient une vérité caractéristique de l’être humain. Mais alors pourquoi des paroles aussi essentielles que : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ou [plus magnifique encore, à mon sens, car ça, ce n’est pas de l’amour guimauve :] « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent. » Pourquoi, allais-je dire, ces paroles ne se propagent pas autant que notre maxime, et surtout ne se mettent pas en pratique avec bonheur partout dans le monde ?
Et il ne pouvait faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il guérit quelques infirmes en leur imposant les mains. Voilà que Jésus aussi est infirme, à cause du manque de foi de ses contemporains, il ne peut guérir que ceux qui reconnaissent en lui un reflet d’eux-mêmes, à savoir, les infirmes. Mais nous savons bien que Jésus a pris toutes nos infirmités, alors, nous avons tous de quoi nous reconnaître en lui, établissons-nous en totale confiance à son égard.  
 
Jean-Marie Martin, oratorien, vicaire à Saint-Eustache